Les errances de Sweeney
(le Passeur, 1995, 123 pages)
La légende revisitée.
Un petit mot sur l'auteur qui est un des plus grands poètes contemporains,
prix Nobel de littérature en 1995. Ce livre date de 1983.
L'histoire de Sweeney est une vieille légende irlandaise dont l'histoire se
passe après la bataille de Moïra en 637 dont on trouve trace dans des
écrits datant de 1670.
Seamus Heaney a retraduit et réactualisé la version bilingue de
J.G. O'Keefe qui date de 1913, en y ajoutant je pense ses qualités de
poète.
Un petit mot pour signaler que l'on retrouve Sweeney dans "Swim-Two-Bird" de Flann
O'Brien.
Sweeney, roi de l'Ulster, pour avoir offensé un ecclésiastique, est
devenu fou et transformé en oiseau. Il est condamné à errer au
gré des vents et des tempêtes dans l'ancienne Irlande. Il y rencontre
de multiples personnages qui apparaissent sous le titre générique de
dialogues qui sont autant de poèmes.
Il parle avec Ronan qui l'a fait condamner, puis il dialogue avec Lynchseachan, son
demi-frère, puis avec Euroann son épouse. Ronan refusant le pardon,
la quête continue; elle durera plusieurs années, sept exactement,
où enfin, après avoir vécu avec Moling, un autre moine, il
trouvera la paix dans la mort.
"Son esprit s'éleva vers les cieux et son corps fut enseveli avec tous les
honneurs par Moling".
Sweeney représente l'ordre ancien, le paganisme celte qui devra céder
sa place au christianisme triomphant, il est l'imaginaire qui succombe devant le
rationnel, seule la mort peut l'empêcher de voir la défaite de son
monde.
Une écriture classique de haut-vol (désolé!) qui se transforme
au gré des contraintes en poésie, par exemple pour les dialogues
entre Sweeney et les humains, qui parsèment ses déplacements et qui
ressemblent fort à des divagations tant morales que physiques. Un
récit fort, mais qui n'est pas d'une lecture très aisée,
malgré la qualité de l'écriture.
Ce livre bénéficie d'une très bonne introduction de Seamus
Heaney lui-même et d'un lexique gaélique en fin d'ouvrage.
Extraits :
"Il est dur d'endurer cette vie après les moments agréables que j'ai
connus. Et cela fait un an exactement depuis hier soir."
- "Lynchseachan, tu m'importunes.
Laisse moi vivre en paix, seul.
Ronan ne m'a-t-il pas voué
à vivre furtif et méfiant?"
"- Te souviens-tu mon épouse, du grand amour que nous partagions quand nous
vivions ensemble? La vie est toujours un plaisir pour toi, mais pas pour
moi."
- "Mon seul repos : sommeil
éternel en terre consacrée
quand l'humus de Moling mettra
son baume noir sur ma blessure".
- "Mon unique affliction est que Dieu
dénie toujours mon repos sur la terre".
- "Il était célèbre et de haute lignée
Il avait été roi, il était fou aussi.
Sa tombe viendra sanctifier notre terre".
Note : 4/5
(Eireann)
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