En marge : Mémoires
(10/18, 2004, 464 pages)
Un grand coup de coeur pour cette autobiographie de Jim Harrison que j'ai
pris grand plaisir à lire. D'abord parce que j'ai vraiment eu l'impression
de retrouver un ami. Ensuite parce qu'à travers sa biographie, Jim
Harrison nous livre ses réflexions sur la vie et sur le monde. Certes, ça
commence de façon tout à fait classique par la rencontre de ses parents en
1933, mais bien vite toute linéarité se perd car il pratique un art de la
digression tout à fait réjouissant. L'histoire de sa vie progresse par
bonds en avant et retours en arrière. Chaque épisode est prétexte à
réflexions philosophiques ou à commentaires. Une anecdote en amène une
autre qui n'a rien à voir. Le récit de sa vie ressemble à une promenade
dans les bois: rencontres, découvertes, parcours en zig-zag,
émerveillements, dégoûts. Il raconte sa vie comme on conte une histoire,
le soir au coin du feu, un verre de vin à la main.
Dans la première partie, il raconte son enfance et son adolescence,
jusqu'à son mariage. Et à travers ses rêves d'enfant, on retrouve quelques
épisodes de son oeuvre: comment il a rêvé d'être un guerrier indien, au
point d'imaginer qu'il était un indien venu du Canada et adopté par une
famille américaine; comment il s'est essayé à la peinture avant de se
donner corps et âme à la littérature. Et de temps en temps, sans prévenir,
la narration passe du "je" au "tu", comme si Jim Harrison voulait que
son lecteur se mette à sa place, à la place du gamin de sept ans qui a
perdu un oeil dans un accident et en est resté profondément marqué, au
point de développer un certain goût pour la fuite, pour "les fourrés où
se cacher".
Dans la seconde partie, il détaille ce qu'il appelle "ses obsessions" au
nombre de sept, son chiffre porte-bonheur. Elles sont celles que l'on
imagine: L'alcool, les femmes, la France (et les vins français!) et
surtout la nature sauvage. Il est clair que Jim Harrison est profondément
amoureux de l'Amérique, mais ce n'est pas un amour inconditionnel, bien au
contraire: il en exalte les meilleurs côtés et en fustige les travers,
notamment la course effrénée à l'argent, le puritanisme obsolète et
l'abandon d'une certaine culture. Il ne sombre pas non plus dans la
mythologie du Far-West et du glorieux temps des colons: il est petit fils
d'immigrants et de fermiers et sait que cette vie-là était très dure.
Enfin, la troisième partie est consacrée à sa vie d'adulte et à sa
carrière d'écrivain. Sa vie baigne dans la littérature et la liste de ses
lectures est assez réjouissante. Mais, en revanche, il donne assez peu de
détails sur le travail d'écriture proprement dit. Et j'ai découvert que
son premier livre publié était un recueil de poésie et qu'il se définit
avant tout comme un poète.
Bref, j'aime définitivement cette homme-là et son côté shakespearien: un
savoureux amour de la vie qui va de pair avec une profonde tendance à la
mélancolie existentielle.
Note : 5/5
(Papillon)
**********
Eh bien! Quelle autobiographie! C'est foisonnant, truculent, et tellement
dense! Je n'avais pas l'impression de faire une promenade comme Papillon,
mais de suivre un torrent au cours tumultueux, un torrent de paroles qui
pouvaient à la fois être pleines d'humour et de drôlerie (sur les
strip-teases) ou pleines de mélancolie et de tristesse (morts de son père
et de sa soeur), pleines de sensibilité et de poésie (sur la nature) ou
alors pleines de révolte et de violence (sur la civilisation américaine).
Jim Harrison est avant tout un homme libre, intime avec la nature, ouvert
au monde, sans cesse en recherche, et profondément attachant. On découvre
dans ce livre, son enfance à l'éducation stricte marquée par son accident
qui l'a rendu borgne, sa fascination pour les femmes, ses problèmes
d'alcool et de drogue mais son amour des bons vins et de la "bonne bouffe"
(donc de la France), sa passion pour la pêche et la chasse, son besoin de
grands espaces et de se ressourcer en pleine nature après ses nombreuses
déprimes, et surtout son amour inconditionnel pour la littérature et pour
la poésie.
Un petit bémol: j'ai été perturbée dans ma lecture par ces longues listes
de noms cités par l'auteur, concernant Hollywood et surtout la
littérature contemporaine américaine. A part les noms très connus, il faut
être spécialiste pour pouvoir apprécier et là, ce n'est pas mon cas.
Mais la lecture de ce livre reste un grand moment qui nous livre en toute
franchise la vie, les pensées, les sentiments et les difficultés de vivre
d'un homme qui a toujours vécu "en marge".
Note : 4.5/5
(Chantal)
**********
J'avais hâte de lire ce livre étant donné que Jim Harrison est un auteur que
j'aime inconditionnellement. Mais en même temps ça m'inquiétait un peu... et si jamais
l'homme ne me plaît pas, qu'il ne soit pas ce qu'il laisse paraître à travers
ses romans! Il n'y avait aucune inquiétude à avoir, "En marge" est encore mieux que ce que
j'en aurais espéré, bien mieux.
Il débute par son enfance, évidemment, sa famille et suit un certain ordre chronologique. Mais
constamment il part dans une autre direction et puis revient à son point de
départ, Jim Harrison ne pouvait
pas écrire le récit de sa vie de façon linéaire comme tout le monde. Par la suite
il parle de ses passions, l'alcool, la pêche, la chasse, la bouffe,
les ballades à travers l'Amérique...
Et la littérature pour mon plus grand plaisir, des auteurs de
l'Ouest (Sherwood Anderson, Erskine Caldwell,
Willa Cather, William Faulkner...), des poètes qu'il aime
(Walt Whitman, Federico Lorca, Rimbaud...), l'art, le
vin rouge, la France, ses chiens, New York, les
clubs de strip-tease, le Nebraska, le Montana, son chalet au nord du lac
Supérieur près de la frontière canadienne,
ses amis - Thomas McGuane qui revient souvent et que j'ai découvert et lu justement
à cause de Jim Harrison qui en parlait dans un autre de ses livres.
Il en profite pour donner son opinion sur certains sujets : la vitesse de la vie moderne,
la télé qui a remplacé les livres dans les foyers, l'alcool etc.
Il y a une partie - minime, que j'ai moins aimée, c'est lorsqu'il parle de ses déboires
à Hollywood en tant que scénariste. J'y vois presque un règlement de compte ou
un plaidoyer syndical.
Pour moi qui aime la littérature états-unienne infiniment, qui aime
les Etats-Unis infiniment, qui aime l'Ouest infiniment, qui aime Jim Harrison infiniment,
lire ce livre m'a procuré un plaisir que je ne pourrais décrire tellement c'est
grand. Toutes les anecdotes littéraires et les ballades à travers les
états m'ont fait baver. J'ai souligné une multitude d'extraits.
Pourquoi j'aime autant Jim Harrison, probablement parce que je me retrouve
dans ses idées, son amour pour la nature, ses intérêts, ses passions,
ses lubies, son vagabondage en Amérique, son respect pour les autochtones,
ses coups de gueule. Et son écriture aussi me séduit c'est coloré,
dynamique, vivant et rempli d'humour. Dès la première phrase, j'ai été conquise :
"Quand je me sens vulnérable, j'aime prendre ma voiture et partir vers une
ville lointaine, distante d'au moins quelques centaines de kilomètres des
trois modestes lieux où vit ma famille; là, j'aime descendre dans
un motel banal et quelque peu déprimant en ayant l'agréable conviction
que je ne connaîtrais pas âme qui vive dans l'annuaire
téléphonique local."
Je n'ai jamais pensé ou même eu envie d'écrire à un auteur. Là j'aimerais écrire
à Jim Harrison pour lui dire : merci.
Note : 5/5
(Mousseline)
|