Bruits du coeur
(Gallimard/Folio, 2004, 322 pages)
Adrian, ami d'enfance du narrateur meurt subitement à 40 ans. C'est l'occasion pour
lui de revisiter cette amitié, ces deux vies étroitement liées, ces
échecs sentimentaux, ces choix professionnels mais aussi cette irrésistible
envie d'être à la place de l'autre, cette jalousie sous-jacente d'Adrien qui
paradoxalement avait tout pour être le plus heureux. Mais avant tout, le narrateur
(dont on ne saura jamais le nom) cherche à comprendre les mouvements du coeur et du
désir qui ont donné à la vie d'Adrian et à la sienne ces contours
parfois chaotiques.
Dans un roman très dense, aux intrigues entrelassées, j'ai
éprouvé une immense tendresse pour ces personnages. C'est une lecture riche
d'interrogations et d'une grande subtilité! Une superbe nostalgie douce-amère
sur le mystère de l'attraction entre les êtres.
Lisez-le!
Note : 4.5/5
(Calou)
**********
Pas de plus beau titre pour ce roman de Jens Christian Grondahl, dont l'adéquation saute
vite aux yeux! Un narrateur livre le chaos de ses sentiments, suite au décès
subit de son meilleur ami, Adrian. Un ami de la petite enfance, un peu perdu de vue, et jamais
très prolixe dans ses confessions, mais une connivence hors pair entre les deux. Le
narrateur raconte cette amitié et déborde pour parler de lui. Son cheminement
personnel, teinté de loupés, de manqués et de regrets, résonne
comme une mélopée lancinante, à la façon Modiano. Oui, il y a une
vague ressemblance entre les deux auteurs: le Danois et le Français possédent
tous deux cette profonde tristesse des sentiments, du descriptif des choses, et de cet
accablement face à la destinée.
Quelques nostalgie et mélancolie pointent
ici et là pour un ensemble merveilleux: un beau, grand roman dense et subtil. Qui
agacera certains pour le côté parfois poussif du tenant de la plume. Mais moi j'ai
beaucoup apprécié ce très beau texte, suintant de délicatesse et de
ces aléas qui cheminent toute existence ordinaire.
Un très beau moment.
Note : 4/5
(Clarabel)
**********
Bizarrement, il m'est difficile de parler de ce roman, que j'ai tant aimé.
Peut-être parce que son charme vient pour beaucoup de la musique des mots qui content
cette lente introspection. Cette histoire aurait pu être banale mais l'auteur a su lui
donner une tonalité très personnelle qui donne envie au lecteur de s'impliquer
au point que j'ai eu grand peine à admettre, une fois le livre fini, que je n'entendrai
plus jamais parler de ces personnages, voire qu'ils n'étaient pas réels!
Une plume subtile qui met à nu les remous intérieurs du narrateur, si humains et
universels que l'on ne peut que se sentir concerné par son cheminement. C'est un livre
dense mais au style fluide et particulièrement agréable, trop peut-être
à mes yeux car j'en oubliais parfois l'intrigue. Très beau titre qui correspond
parfaitement tant à la forme qu'au fond du roman.
Je n'ai désormais plus qu'une envie: lire un autre Grondahl!
Note : 5/5
(Flo)
**********
Adrian, l'ami d'enfance du narrateur vient de mourir, à 40 ans, d'une
crise cardiaque. Le narrateur se remémore alors leurs moments
d'amitié et d'intimité, tente de découvrir des pans
inconnus de la vie de son ami et remonte, à cette occasion, en
même temps, le fil de sa propre histoire.
L'écriture très dense et les nombreux retours en arrière
pourraient rendre ce roman très confus. Il n'en est rien. Dans cette
introspection très poussée, J.C. Grondahl réussit
à accrocher le lecteur et on se (com)plaît dans ces histoires
qui s'entremêlent.
"Un abîme sépare le chemin parcouru et le regard qui contemple
celui-ci. On est toujours plus vieux que sa propre histoire. Celui qui
raconte n'est jamais le même que celui dont on parle; c'est pour cela
que l'histoire peut être narrée."
Note : 4.5/5
(Laure)
**********
Pour des raisons sentimentales, j'essaie depuis quelques années de
lire un maximum d'oeuvres scandinaves. Et je suis toujours aussi
choquée! Peut-on s'habituer à la description de vies qui n'ont
rien de commun avec la gloire, la richesse des vies ensoleillées de
la majorité de l'Europe? Je ne me retrouve absolument pas dans ces
récits, avec leur sexualité sale et leurs tempéraments
brûlants, leur fierté et leur passion qui mènent au
drame, tout en s'abritant sous le manteau froid et neigeux des
apparences...
Encore un auteur en rouge et blanc, en passion et en
pureté; et pourtant, encore un auteur scandinave dont je vais
rechercher les autres oeuvres, car j'ai adoré!
Note : 4/5
(Louveloba)
**********
En stéréo!
Première lecture de l'oeuvre de cet écrivain danois né en
1959.
Le narrateur (nous n'en saurons pas plus sur son identité) reçoit une lettre
de son meilleur ami, Adrian, cinq jours après la mort de celui-ci.
Malgré leurs trente ans d'amitié, le connaissait-il vraiment? L'un
habitant New-York et l'autre Copenhague, leurs rencontres se faisaient de plus en
plus rares. L'un est un architecte reconnu, l'autre un commerçant d'estampes
japonaises bénéficiant d'une certaine notoriété, mais
pas d'aisance financière qui est sensée aller avec. Le narrateur
revient sur leur enfance, la découverte de la connivence entre un
frère et une soeur pour lui, fils unique. Puis son sentiment de jalousie
naissant envers Ariane, se donnant à lui, mais gardant ses distances et ses
amants.
D'autres personnes rentreront dans l'intimité du trio : la maîtresse
d'Adrian, femme d'un avocat dont il deviendra fou et pourrira la vie, Bibi,
ancienne strip-teaseuse, lesbienne, amie de sa mère, qui proposera un
étonnant marché au narrateur avant de disparaître de sa vie.
Adrian lui-même partira en Amérique, Ariane se mariera et gâchera sa
carrière de musicienne et sa vie tout court aussi...
Que reste t-il de nos amours si longtemps après? Et de quoi Adrian
voulait-il lui parler?
Chose qu'à première vue, il pouvait être le seul à
comprendre? Il se rappelle d'un lourd secret qu'il pensait être le seul
à connaître; est-ce de cela que son ami voulait lui parler?
La vie du narrateur est chaotique, après Ariane et de nombreuses relations
épisodiques avec elle, il se marie, fait un enfant, trompe sa femme, rompt
avec sa maîtresse, mais sa femme le quitte. Pour Adrian, rien n'est simple non
plus, il vit avec une ex-droguée, leurs relations sont pour le moins
complexes. Puis Bibi réapparaîtra dans sa vie lui léguant un
étrange héritage qui lui revenait de droit.
Tous ont été des enfants délaissés et livrés
à eux-mêmes. Le narrateur vivait dans une maison close, sa mère
est partie un moment vivre en France, suivant un amant de passage, son père,
ancien musicien devenu alcoolique, oubliait souvent qu'il avait un fils. Adrian et
sa soeur Ariane vivaient avec leur mère, le père étant parti
avec sa secrétaire, la laissant à moitié folle avec ses deux
enfants. Tous semblent démunis de la moindre notion de discipline, de
responsabilité, tout les prédispose à des destins tragiques.
Des personnages à l'extrême limite de la rupture, mais qui restent
très attachants.
Un livre magnifique avec une écriture superbe descriptive sans être
ennuyeuse. L'analyse des sentiments variés, amours, amitiés, jalousie, est
disséquée avec intelligence.
On a parfois le sentiment que l'auteur en rajoute une couche dans les
problèmes de chacun, mais tout cela reste plausible. Certaines personnes
peuvent à plaisir se compliquer la vie ou alors sont destinées
à des vies pleines de confusions et de chocs émotionnels.
Extraits :
"Cette condescendance des adolescents qui croient que le monde leur appartient, ce
qui a terme, sera effectivement le cas."
"Elle m'a fait souffrir, mais elle a également été la
première à me faire rêver."
Note : 4,5/5
(Eireann)
|