Enfance
(Gallimard, 1976, 375 pages)
Dans ce livre, Maxime Gorki nous raconte sa petite enfance, de 3 à 11 ans,
depuis la mort de son père (son premier souvenir), jusqu'à la mort de
sa mère. Quand son mari meurt, Varvara, la mère de Gorki, retourne
chez ses parents qui tiennent une teinturerie avec les deux fils aînés,
puis disparaît en laissant son petit garçon. Elevé entre un
grand-père rude, souvent violent jusqu'à la presque folie, mais ayant
aussi ses bons côtés, et une grand-mère toujours très
active, mais douce et aimante, et aussi très pieuse, son enfance aura
été bien loin d'être "rose" : elle fut extrêment dure,
humiliante, pleine de violence, mais aussi avec des moments de vrai bonheur, une
vie où on s'endurcit, où on apprend à se défendre,
à se battre, à ruser pour survivre. Mais c'est un formidable
témoignage plein de sincérité sur la vie des petites gens
russes de la fin du 19è siècle que nous livre ici Gorki : l'habitat,
la nourriture et la cuisine, les cultures, le cycle des saisons, les contes, les
fêtes où l'on partage le peu qu'on a et où on chante et danse,
la vie des enfants et leur éducation, les violences physiques faites aux
enfants et aux femmes, l'alcoolisme...
L'écriture est simple, très très fluide (le livre se lit tout
seul) et souvent bien poétique (j'ai relu plusieurs fois de
nombreux passages). Tout est plein de vérité, de
sincérité, ce qui fait que le lecteur "y est". C'est CE
livre-là que je recherchais en commençant ce thème de
littérature russe, le livre qui nous transporte dans ce pays, qui nous
plonge dans l'âme russe.
Extraits :
"Comme il est bon d'être assis seul au bord d'un champ couvert de neige, et
d'écouter les oiseaux qui gazouillent dans le silence cristallin d'une
journée d'hiver, tandis qu'au loin tinte en s'enfuyant la clochette d'une
troïka, mélancolique alouette de l'hiver russe..."
"Toute sa personne était sombre, mais ses yeux brillaient d'une
lumière intérieure chaude et gaie. Avant de la connaître,
j'avais sommeillé dans les ténèbres, mais elle parut, me
réveilla et me guida vers la lumière, Elle lia d'un fil continu tout
ce qui m'entourait, en fit une broderie multicolore, et tout de suite devint mon
amie à jamais, l'être le plus proche à mon coeur, le plus
compréhensible et le plus cher. Son amour désintéressé
du monde m'enrichit et m'insuffla une force invincible pour les jours difficiles."
(la grand-mère)
"La nuit tombait, et avec elle, quelque chose de fort, de rafraîchissant
comme la tendre caresse d'une mère, se déversait dans la poitrine;
le silence vous effleurait le coeur de sa main chaude et veloutée, et tous
les mauvais souvenirs, toute la poussière brûlante et fine de la
journée s'effaçaient de la mémoire."
Note : 5/5
(Chantal)
|