La pleurante des rues de Prague
(Gallimard/Folio, 1994, 128 pages)
Dès les premières lignes, ce livre m'a émue. Par l'aspect
discret de la narratrice qui raconte les apparitions d'une géante dans la
ville de Prague, une évocation discrète, un compte-rendu simple de ce
qu'elle a vu. Elle n'interprète rien, elle raconte. Les mots sont
poétiques, empreints de douceur et d'affection. Cette géante
d'apparence terrifiante présente tout d'un être meurtri qu'on a envie
de connaître et qu'on aime déjà, malgré les zones
d'ombre qui s'en dégagent.
Au fur et à mesure de ses apparitions, nous n'en apprenons pas davantage sur
elle et pourtant, nous découvrons de suite que chaque passage s'identifie
à une personne ou à un état d'âme, le tout constamment
relié au chagrin et à la souffrance. Douze apparitions au total,
douze: un chiffre magique, comme les douze coups de minuit de Cendrillon, les douze
apôtres ou les douze heures d'un cadran horaire. Magie, en effet, on arrive
à peine à savoir si cette histoire est conte ou réalité.
On la devine métaphore, introspection. De remarquables passages sur la mort
ou sur la fin de l'amour, de magnifiques lignes de sagesse et de doute. L'auteur se
confond avec son histoire. Peut-être est-ce son histoire...
Un jour, après une année de silence, la Pleurante disparaît.
Elle devient invisible pour les yeux mais on devine que son coeur bat encore et
pour toujours à l'unisson avec celui de Prague. Prague, une ville qui
respire à chaque page.
J'aurais aimé que le livre s'arrête là; l'épilogue me
semble superflu. L'auteur a cru bon de nous expliquer ce qu'il était bon de
comprendre, nous privant de cette liberté de choix, du cheminement de notre
imaginaire qui aurait préféré replacer la géante où
il le souhaitait, qui aurait aimé pouvoir lui donner l'identité de
son choix ou la destinée qui lui plaisait. Dans sa conclusion, Sylvie
Germain nous indique que si la pleurante a disparu, c'est sans doute parce que
"l'écrivant" qui racontait son histoire n'a pu la saisir à temps et a
attendu que l'encre des larmes soit sèche pour l'étaler sur papier.
Je n'ai pas trouvé son récit sans âme ou en retard, il
était parfait, bouleversant. Dommage que la fin ait gâché ce
plaisir, ait alourdi cette impression d'étouffement émotionnel
ressenti à la seule vue du titre "Dernière apparition".
Note : 4/5
(Sahkti)
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La pleurante, c'est une sorte de femme géante, une apparition, qui se
matérialise aux yeux de l'auteur lors de ses déplacements dans la
ville de Prague. Une espèce de fantôme fait d'accumulation de
tristesses, de pleurs, de douleurs qui proviennent à la fois des morts et
des vivants, et qui se déplace en claudiquant, en traversant cahin-caha la
frontière entre les mondes visible et invisible.
Une ambiance assez grise (brumes, glace, neige, pluie) qui attire et emprisonne,
une écriture superbe, très travaillée, très
poétique, un hommage à toutes les douleurs, toutes les souffrances
(celles des juifs, des femmes abandonnées, celles de la solitude, de la
misère...). Le livre une fois ouvert, ne se referme plus, on a l'impression
d'un souffle de vie qui suit toutes les apparitions et qui s'éteint à
la dernière page. C'est très émouvant, c'est magnifique!
Voilà, vous avez compris que maintenant, Sylvie Germain est un de mes
écrivains français contemporains préférés.
Note : 5/5
(Chantal)
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Un petit livre très dur que j'ai lu avec une pause entre chapitre me
reposant sur les extraits de poèmes choisis par l'auteur sans doute pour
apporter un peu de légèreté au cours de la lecture.
Note : 4/5
(Lalyre)
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Une femme, ou plutôt un songe, erre dans les rues de Prague. Cette
géante apparaît puis disparaît sous les yeux du narrateur au
coin d'une rue, près du fleuve ou au fond d'un soupirail. Symbolisant tous
les drames et malheurs du genre humain, cette pleurante raconte dans un murmure les
deuils, privations, pauvretés dont ont été victimes les hommes
et femmes au fil des âges.
Très belles pages sur la mort, la fin de l'amour et l'abandon, la solitude
des uns et des autres. Passages absolument sublimes de ceux qui apparaissent sous
la plume enchanteresse de Sylvie Germain qui nous décrit ici tous les drames
et malheurs des gens que nous croisons, avons croisé et dont le souvenir
hante encore les lieux qui les ont connus. Victimes de la Shoah, de la
misère et de la faim, personnes seules et rejettées, morts qui
disparaissent peu à peu de notre mémoire, enfants arrachés au
doux charme de l'enfance, amant délaissé... Sylvie Germain raconte et
plus à travers le long cheminement de sa pleurante dans un Prague tour
à tour ensoleillé, pleuvieux, sous la brume ou la neige.
Un roman très émouvant que Sylvie Germain dédie d'ailleurs
à ses frères et ses soeurs, sûrement en mémoire à ce
père mort sur ce lit d'hôpital et à qui elle rend hommage dans
ce récit. Un livre très beau de par le style plus que superbe de
l'auteure : en toute honnêté, je ne pourrais me permettre de porter le
moindre jugement sur la prose de madame Germain. Le style littéraire de cet
écrivain équivaut pour moi à la haute couture de
l'écriture. Du grand art.
Ai-je aimé? Difficile pour moi de juger. Ce n'est pas, vous l'aurez compris,
un livre très gai... Et je l'avoue : je crains ne pas avoir
apprécié à sa juste valeur ce récit; je crains d'avoir
"raté" quelque chose, de ne pas avoir assez dégusté ce
récit pour en retirer toute sa saveur. Tant pis... Mais il faut le dire :
j'ai eu beaucoup de mal à finir ce récit, j'ai presque dû me forcer
pour lire les dernières pages. Dommage, même si cela n'enlève en rien
tout l'estime et l'admiration envers le talent manifeste de cette auteure.
Note : 3,5/5
(Liza_lou)
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