Clair de femme
(Gallimard, 1982, 180 pages)
Deux êtres en déroute qui s'épaulent de leur solitude et la vie attend que
ça passe. Une tendresse désespérée, qui n'est qu'un besoin de
tendresse...
Clair de femme est une bouleversante histoire d'amour au sens très
large. Car c'est la rencontre entre Michel et Lydia, tous deux blessés et saouls de
malheur. Lui car sa femme se meurt et l'a prié de s'en aller rencontrer une autre femme
pour la faire revivre en elle, et Lydia, la quarantaine et les cheveux blancs, coupable de ne
plus aimer l'homme qui a tué leur petite fille dans un accident de voiture. Ces deux
êtres en perdition, écorchés et malheureux, vont se heurter sur un
trottoir, faire l'amour cette première nuit, se parler et errer dans les rues de Paris
pour se consoler. Leurs rencontres vont alléger leurs chagrins, pensent-ils: le Senor
Galba qui exécute un numéro de dressage d'animaux sur un air de paso-doble et qui
se meurt en douceur, la pétulante Sonia, russe juive, qui se complait dans le
malheur... Un roman qui se passe en une nuit: le temps pour la femme aimée de mourir, le
temps du couple Michel-Lydia de parler amour et couple. "Nous avions besoin d'oubli, tous les
deux, de gîte d'étape, avant d'aller porter plus loin nos bagages de
néant." Mais Michel est un batisseur de cathédrales et son attente du couple est
trop faramineuse pour l'ultra-sensible Lydia qui prend peur de cette promesse d'édifice.
Michel doit partir vers d'autres terres pour oublier sa femme trop adorée et cette
dernière nuit va s'écouler tristement, vainement.
Ode à l'amour, à la vie de couple, à la pérennité de cet
amour... Clair de femme est un bouleversant hommage d'un homme pour la femme de sa vie,
la célébration passionnée de la patrie du couple, "d'une bienheureuse
absence d'originalité, parce que le bonheur n'a rien à inventer". Etourdissant
d'actualité pour un texte publié en 1977, ce roman se trace dans la coulée
d'une écriture claire, aérée et révèle l'angoisse du
déclin que pressentait l'auteur, qui s'est finalement donné la mort en 1980.
"Il y a dans ce roman la dérision et le nihilisme qui guettent notre foi humaine et
nos certitudes sous le regard amusé de la mort, écrivait Gary. Les dieux
païens nous guettent installés sur l'Olympe de nos tripes. Notre vie n'est
peut-être que le divertissement de quelqu'un". "Tout se passe comme si la vie
était un music-hall, un cirque où un suprême senôr Galba (pitoyable
pitre alcoolique, dresseur et montreur de chiens) s'amuserait à nos dépens."
Non point lugubre ou sinistre, Clair de femme se lit d'une traite et se
révèle époustouflant!
Note : 4.5/5
(Clarabel)
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