Personnages désespérés
(Joelle Losfeld, 2004, 194 pages)
Je me suis complètement reconnue dans la préface de Jonathan Franzen
(à lire une fois le livre fini, bien entendu!) dans son analyse du roman et
du couple des Bentwood. A l'exception d'une réplique, celle de Sophie qui
s'exclame: "Mon dieu, si j'ai la rage, je suis semblable au monde qui m'entoure!",
Franzen l'associe à du soulagement quant à moi je penche pour de la
fatalité... Mais avant cela, présentation: Otto et Sophie Brentwood
sont un couple marié, d'une quarantaine d'années, habitant un
pavillon cossu d'une banlieue bourgeoise, sauf que le spectacle dans la rue oscille
par moments à la débauche (vagabonds, vomissures, déchets,
etc.). Ils n'ont pas d'enfants mais une mercedes et la collection complète
des oeuvres de Goethe. Leur histoire vascille suite à la morsure d'un chat
errant, Sophie lui offre de la nourriture, compatissante, le caresse et tente de
l'amadouer, en souriant, presque fière d'elle de son acte de grande
humanité, et puis, frappée "de stupeur et d'horreur", elle manque
s'écrouler, étouffe un cri... Le chat a planté ses dents dans
le dos de la main!
Cette morsure produit un effet cataclysmique dans le couple, révélant
fêlures et zones d'ombre. Otto s'est brouillé avec son associé,
et ami de longue date, Charlie Russel, pour cause de conservatisme aigu. Sophie
repense à son amant, Francis Early, se fâche avec une amie
célibataire, reçoit un coup de fil anonyme, peine à se motiver
pour traduire un roman français, pense écrire une lettre à sa
mère... Trois jours passent, dans un suspense assez morbide: Sophie a-t-elle
attrapé la rage par ce chat errant?
"Personnages désespérés" est un roman solidement construit,
aux dialogues incisifs, aux détails permanents dans la prose et la structure
du texte. Paula Fox s'attarde sur le couple Bentwood, homme et femme. Même si
l'intrigue semble tourner principalement autour de Sophie, l'époux n'est pas
mis de côté, il est même un élément incontournable
dans l'émergence des drames (si l'on exclut le chat, bien sûr). En
trois jours, le couple s'analyse et la fin semble réparatrice, du moins,
comme l'écrit Jonathan Franzen en préface, tout laisse à
supposer, et encore? Pas moins de six à sept lectures hantent l'auteur des
"Corrections" qui cherche encore et encore la réponse à toutes ses
questions!
Note : 3.5/5
(Clarabel)
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En fait, je pense que je suis partie avec un a priori. J'avais lu il y a quelques
temps "Love" de Toni Morrisson que j'avais beaucoup aimé et j'étais
persuadée que Paula Fox était du même acabit.
Alors c'est vrai, comme Toni Morrisson, j'ai beaucoup aimé l'écriture
de Paula Fox, une écriture simple et fluide pour raconter des choses
simples. Mais j'ai vraiment l'impression d'être passée à
côté de cette histoire. Le début me semblait prometteur
pourtant. J'aimais beaucoup les descriptions qu'elle faisait du couple, des menus
choses qui composent leur quotidien (j'ai lu quelque part que chaque phrase de Paula
Fox est un roman à elle toute seule, et c'est vrai que c'est vraiment
très agréable à lire).
Et puis arrive la morsure du chat, et là on se demande ce que cette morsure
va occasionner dans le couple de Sophie et Otto.
Et là, j'ai eu l'impression de tomber à plat. Sophie se regarde
beaucoup le nombril, un coup dramatise la situation, un autre coup, tout va bien,
ce n'est pas grave. Remet son couple en question, accuse son mari de ne plus la
voir, se rappelle sa liaison passagère. L'essentiel est centré sur
elle, sans forcément tenir compte de son mari, et je suis resteée sur
ma faim.
D'autre part, je crois avoir à peine compris la fin. Heureusement que
Jonathan Franzen fait une explication du texte dans sa préface, parce que
sinon je pense que je serai complètement passée à côté
de nombreux symboles. M. Franzen dit bien d'ailleurs que lui-même doit en
être à sa dixième lecture pour pouvoir en comprendre toutes les
subtilités.
Bref, j'ai été assez insensible aux malheurs de Sophie et un roman
qui, je pense, ne me laisse pas un souvenir impérissable. (Peut-être me
laisserais-je tenter un jour par "Le dieu des cauchemars" pour lequel les critiques
sont un plus unanimes).
Note : 3/5
(Clochette)
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