Une femme
(Gallimard/folio, 1989, 105 pages)
Après avoir écrit sur la mort de son père dans La place, Annie Ernaux
récidive avec la perte de sa mère - Une femme. Parler de la femme de son
imaginaire, mais aussi la femme réelle, celle qui a existé en dehors
d'elle, mettre en mots le portrait d'une femme, comme pour "mettre au
monde sa mère". Dessiner le parcours de celle-ci, son enfance en
Normandie, son milieu modeste, ouvrier, la volonté de s'élever, d'être
commerçante, indispensable pour les autres, mais être au-dessus. Pousser
sa fille à faire des études, à réussir, à s'en sortir et basculer dans le
monde bourgeois, d'où vicieusement la mère se sentira exclue, flouée,
déçue, etc...
Le portrait qu'Annie Ernaux fait de sa mère est écrit au plus juste, sans
tendance lacrymale, contrairement à Une place qui m'avait davantage
touchée. Une femme est aussi tendre et attendrissant, toutefois la
maladie de la mère laisse une traînée presque amère. Cette femme forte et
lumineuse devenue démente... dit-elle. Dans un autre livre (Je ne suis
pas sortie de ma nuit) l'auteur s'étend plus à ce sujet. Il y a cependant
de très beaux passages sur cette maman, quittée la veille devant Jacques
Martin pour apprendre sa mort le lendemain à dix heures. La honte, la
colère, le ras-le-bol, la culpabilité... c'est une petite fille qui parle
aujourd'hui, qui se sent seule et abandonnée, orpheline. Aussi ce livre
est une très belle déclaration d'amour, pleine de
délicatesse et d'acuité. "Il fallait que ma mère,
née dans un milieu dominé, dont elle a voulu sortir, devienne
histoire pour que je me sente moins seule et factice dans le monde
dominant des mots et des idées où, selon son désir, je suis
passée". Juste monnaie de la pièce...
Note : 4/5
(Clarabel)
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J'aime beaucoup la façon dont Annie Ernaux parle de sa mère.
Elle retrace avec justesse le portrait de sa mère. Elle y
décrit son enfance, ce milieu d'ouvrier, la volonté de s'en
sortir, prête à tout pour que sa fille puisse faire des
études. Elle analyse sa mère avec lucidité,
qualités et défauts confondus. Annie Ernaux nous parle aussi
de son enfance et l'on peut reconnaître l'éducation des
anciennes générations assez stricte.
Beaucoup de sentiments se mélangent comme l'amour, la haine, la
tendresse et la culpabilité. Mais aussi l'attachement qu'elle a pour
sa mère. Cette femme forte qui n'est plus qu'une femme
diminuée avant de mourir.
Extraits:
"Je n'entendrai plus sa voix... J'ai perdu le dernier lien avec le monde
dont je suis issue."
"J'essaie de ne pas considérer la violence, les débordements
de ma mère comme seulement des traits personnels de caractère,
mais de les situer aussi dans son histoire et sa condition sociale. Cette
façon d'écrire, qui me semble aller dans le sens de la
vérité, m'aide à me sortir de la solitude et de
l'obscurité du souvenir individuel, par la découverte d'une
signification plus générereuse. Mais je sens que quelque chose
en moi résiste, voudrait conserver de ma mère des images
purement affectives, chaleur ou larmes, sans leur donner un sens."
Note : 4/5
(Felindra)
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