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Annie Ernaux

L'occupation
(Gallimard/folio, 2003, 75 pages)

La narratrice quitte son amant après une liaison de six ans. Mais lorsque celui-ci lui annonce qu'il fréquente une autre femme et qu'il choisit de vivre avec celle-ci, un sentiment incroyable se produit chez elle: la douleur, la souffrance, insidieusement la jalousie et l'obsession terrible de cette Autre, dans la vie de son (ex) amant. Un sentiment troublant et déconcertant qu'est cette sensation d'avoir perdu une exclusivité, une place, un homme... à la rigueur. Car au fil du récit, c'est plus l'impression d'être flouée d'un acquis, d'être remplacée par cette Autre qui prédomine "L'occupation".

Effectivement la narratrice est "occupée": par l'image surréaliste de cette autre femme dans la vie de son amant, lequel refuse de dire le nom, prénom et plus. Aussitôt la folle du logis s'emballe - à son bord, une narratrice presque échevelée, enragée, excitée et éperdue. L'imagerie de cette Autre devient obsessionnelle. Seul recours: l'écriture, "comme une jalousie du réel", un dérivatif à sa souffrance, écrire les mots pour sortir de cet engrenage, et qu'aujourd'hui cette histoire ne soit plus "mon désir, ma jalousie" mais "du désir, de la jalousie". Une jolie leçon, fatalement courte, excisée par Annie Ernaux.

Note : 4/5
(Clarabel)
**********

Cette jalousie occupe cette femme au point de ne penser qu'à ça et la dévore. Cela devient son unique préoccupation et l'obsède. Prête à n'importe quoi pour connaître le nom de celle qui l'a remplacée, l'héroïne fait des choses absolument démentes pour qui n'est pas passé par là. Pourtant elle avait quitté son amant et celui-ci était libre. Douleur et souffrance ressortent de ce petit livre. Il n'y a que l'écriture qui lui permettra de se sortir de ce tourbillon.

Et comme elle le dit elle-même: "Ce n'est plus mon désir, ma jalousie, qui sont dans ces pages, c'est du désir, de la jalousie et je travaille dans l'invisible."

Elle dit aussi: "Je n'avais aucune envie de m'efforcer à la réflexion objective. Je trouvais dans l'allégresse et la violence de la mauvaise foi un recours contre le désespoir. Le seul moment de jouissance était d'imaginer que l'autre femme découvrait qu'il me voyait encore... J'éprouvais un relâchement physique, je baignais dans la béatitude de la vérité révélée. Enfin la souffrance changeait de corps. Je me délestais provisoirement de ma douleur en imaginant la sienne."

Note : 4/5
(Felindra)

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