L'événement
(Gallimard/folio, 2001, 130 pages)
Juste à y penser j'en ai le coeur qui frissonne et les larmes qui
montent...
Dans ce court roman, Annie (je me sens si proche d'elle à force que
je l'ai lue) nous raconte l'avortement qu'elle a subi en 1963 dans des
conditions très angoissantes et éprouvantes. Elle nous raconte tout,
simplement avec les mots qui lui viennent tout droit du coeur, c'est
déchirant mais en même temps on sent qu'Annie guérit à écrire ce livre.
Voilà 35 ans qu'elle voulait écrire sur cet événement de sa vie et c'est
l'an dernier qu'elle s'est décidée. Annie Ernaux est une auteure française
qui a écrit beaucoup de son vécu comme sur ses parents et
entre autres sa mère qui est décédée à la
suite d'alzheimer.
Vraiment cette auteure est touchante.
Note : 5/5
(Dytal)
**********
En 99, la narratrice sort d'un dépistage du sida et se rappelle un
événement de trente-ans ans plus tôt: son avortement,
clandestin. Alors âgée de 23 ans, étudiante en lettres
à Rouen, la narratrice raconte son parcours, depuis l'annonce de
cette grossesse accidentelle et importune jusqu'à sa
"libération". Or, en 1963, l'avortement est un acte interdit,
répréhensible, puni par la Loi. La jeune Annie s'interroge,
décidée de ne pas garder cet enfant, de trouver le moyen de
mettre un terme, d'espérer une fausse couche, de tenter de la
provoquer en allant skier à toute berzingue sur les pistes, de
s'introduire des aiguilles de tricot... Bref, le parcours douloureux,
difficile et délicat d'une jeune fille des années 60, mise en
cloque, mais ne souhaitant pas "être mère" à cet
instant.
Le récit d'Annie Ernaux, qui nomme "L'événement" ce
moment ineffaçable et pénible, est très poignant. Il
mêle la pudeur, la brutalité, la souffrance, la honte. L'auteur
raconte sans ambages: les faiseuses d'anges, l'hémorragie, la
solitude, l'impasse, le désarroi d'avoir 20 ans, pas d'argent,
aucune oreille attentive autour. Le jugement des médecins, des
pharmarciens, les phrases anodines qui claquent comme un fouet dans le
vent. L'appartement triste, sale, lugubre de cette sage-femme. Et la
scène de "l'expulsion de la grenade", page 90,
particulièrement frappante et indélébile pour la
mémoire, le souvenir. Voici un texte qui a semblé
nécessaire à son auteur pour mettre en mots
"un événement" qu'elle dit "inoubliable" - ce livre est
rédigé sans pathos, jamais morbide, mais avec justesse et sans
cruauté. Un regard net, qui ne juge pas et ne s'épanche
jamais.
Note : 4/5
(Clarabel)
|