Les armoires vides
(Gallimard/folio, 1984, 181 pages)
Alors qu'elle doit subir un avortement, la narratrice, Denise Lesur,
revient sur son passé. Elle le revisite pour revivre le chemin qui
l'a menée où elle est. L'avortement n'est que l'excuse de
cette récapitulation du passé, c'est la jeunesse de la
narratrice, dans un café-épicerie un peu minable d'une petite
ville, qui est le coeur du livre. Denise Lesur vient d'un milieu de
petits commerçants qui ne brassent pas de grosses affaires et qui
ne vendent que des produits peu prestigieux à des ouvriers ou des
petits paysans. Lorsqu'elle commence à fréquenter une
école privée, Denise réalise que son milieu n'est pas
celui des autres filles. Celles-ci sont des enfants de notables, de
bourgeois ou de riches commerçants. Elle envie les enfants de
milieux aisés et développe une haine envers ses parents, car
ils ne "s'élevent" pas au-dessus de leur milieu et ne lui ont pas
donné une éducation plus "élevée". Ses parents
ont travaillé dur pour lui permettre d'étudier tant qu'elle
le veut, mais ce n'est pas suffisant pour elle, elle ressent du
ressentiment. Du moment qu'elle fréquente l'école
privée jusqu'à ce qu'elle quitte la demeure familiale pour la
fac, la narratrice n'a de cesse de se distinguer de ses parents et du
milieu dans lequel ils vivent.
Comme la plupart des livres d'Annie Ernaux, cette histoire est
calquée sur sa vie. Il s'agit de son premier roman, ainsi la forme
et la plume de ce livre sont différentes que dans ses autres
livres. L'écriture des Armoires vides m'a semblée plus
musicale et poétique que dans d'autres de ses oeuvres, et aussi un
peu plus complexe.
Bien que les propos de la jeune fille m'ont parfois dérangé
(on peut reprocher beaucoup de choses à ses parents, mais les
haïr simplement parce qu'ils sont de leur milieu? Ça m'a
semblé un peu fort, surtout que, bien qu'ils soient d'un milieu qui
n'encourage pas l'éducation, ils lui ont toujours permis
d'étudier), j'ai bien aimé ce livre.
Note : 4/5
(Le réaliste-romantique)
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