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Bernard Émond est né à Montréal en 1951.

Il est anthropologue de formation et a longtemps vécu dans le Grand Nord canadien où il a travaillé pour la télévision inuit. Depuis 1972, il a collaboré à titre de réalisateur, scénariste ou monteur à une trentaine de films ou vidéos.

D'abord documentariste, cinéaste de la perte et de la mémoire, il est arrivé à la fiction avec un long métrage, La femme qui boit, sélectionné à la Semaine Internationale de la Critique 2001. Bernard Émond a aussi réalisé des documentaires : Le temps et le lieu (2000), L'épreuve du feu (1997), La terre des autres (1995), L'instant et la patience (1994) et Ceux qui ont le pas léger meurent sans laisser de traces (1992).



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20h17, rue Darling - Le film
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Bernard Émond



20h17, rue Darling

Bernard Émond est un cinéaste qui nous a donné La Femme qui boit. Il récidive avec un deuxième film sur l'alcoolisme, 20h17, rue Darling. Il ne faut pas croire qu'il tourne des films pour trouver une rédemption avec de la pellicule. Ce n'est pas son problème personnel qu'il étale au grand jour, mais la souffrance humaine à laquelle il est très sensible. Cette fois-ci, il a voulu écrire auparavant le roman duquel il tirerait son film. L'inverse arrive plus souvent quand une production connaît du succès. Et chaque fois, le livre nous déçoit. Dans son cas, les deux oeuvres sont d'égale valeur pour le plus grand plaisir des amateurs de l'une ou de l'autre des expressions.

L'auteur raconte un moment dans la vie d'un alcoolique, celui de l'effondrement à 20h17 de son logement dans un immeuble d'habitations de la rue Darling à Montréal. Il a échappé à la mort grâce à son lacet dénoué, ce qui a retardé son arrivée de 30 secondes dans son appartement, temps suffisant pour le voir s'écrouler au lieu d'y périr. Ce choc l'amène à s'interroger sur l'identité de toutes les victimes qui sont mortes sous les décombres. Il entreprend une enquête personnelle pour reconstituer la vie de ces occupants. Il est habilité à le faire, car Gérard, le héros, est un ancien journaliste affecté aux faits divers pour un grand quotidien.

Ainsi, il remonte la filière de chacun pour évoquer la personnalité de ceux que l'anonymat gardait dans l'ombre. Cette quête d'informations crée l'intrigue du roman. Gérard parviendra-t-il dans le cadre de ses recherches à trouver sans le vouloir que cet effondrement est d'origine criminelle, damant ainsi le pion à l'enquêteur chargé de l'affaire? Plein d'indices le laissent croire comme le 1000 $ qu'il reçoit du mari d'une victime qui n'habitait pas l'immeuble. Qu'y faisait-elle? Le lecteur peut échafauder plusieurs hypothèses. Un peu comme Agatha Christie, il laisse planer le doute sur tous les survivants et sur les connaissances.

Derrière ce fait divers, se cache une dynamique beaucoup moins événementielle. L'auteur nous fait assister au combat d'un homme contre son alcoolisme en s'appuyant sur le mouvement des alcooliques anonymes, les AA. Ce problème n'est pas parallèle au sinistre. Les deux sont intégrés dans un tout qui les transcende. Le héros s'inspire des étapes à suivre par les membres des AA pour mener son enquête. Ça apporte même un élément humoristique qui tempère un peu le caractère sombre du roman. Ainsi, on chemine avec Gérard vers une rédemption possible pour son alcoolisme tout en assistant au développement de son enquête, qui s'appuie sur la dynamique des AA lorsqu'elle piétine.

Ce double volet mené de front nous amène au coeur de la solidarité humaine. L'union fait la force. Par souci des autres, sûrement à cause de la fréquentation des AA, Gérard parvient à sonder les coeurs et les reins pour les aider et aussi par curiosité compte tenu de son métier de fouineur. Mais il reste, que c'est un homme sensible aux injustices humaines, à la disparité des classes sociales. Son monologue sur «les petits culs» anorexiques des belles madames de la riche rue Laurier, qui prennent tout le trottoir pour appeler de leur cellulaire, est une charge très émotive contre les possédants. Il leur imagine même une association calquée sur la philosophie des AA pour leur inculquer l'esprit de partage.

À travers ce héros, l'auteur fait une oeuvre de sensibilisation, sans moraliser, sur la condition humaine. Que vaut la vie si personne ne s'entraide? Le héros a le vécu nécessaire pour savoir que la sobriété chez un alcoolique tient à un cheveu. Un jour à la fois. C'est un tableau noir qu'on nous trace d'autant plus que c'est un quartier glauque de Montréal qui sert d'encadrement à l'action.

C'est un roman mené tambour battant. L'auteur se sert de l'alcoolisme et d'un sinistre pour nous faire faire le tour de notre enfer. Et l'enfer, pour les alcooliques, ce n'est pas les autres. Cette oeuvre n'est pas un fourre-tout. C'est plutôt un portrait de la misère humaine, qui débouche sur une méditation sur la vie et sur la mort. L'écriture est efficace sans être minimaliste. Ça va droit au but tout en traînant son lot de révolte, d'émotions et de tristesse.

Note : 4.5/5
(Polo)

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