Un tueur sur la route
(Rivages Noirs/poche, 1991, 352 pages)
4 novembre 2006
Une route pavée de mauvaises intentions.
Retour sur James Ellroy après de longs moments d'oubli. Au moins, une
relecture de ses livres de jeunesse. Je pense que pour un lecteur un peu averti, la
prose du dit Ellroy s'est fortement dégradée dans ses dernières
oeuvres.
"The sextueur" raconte, du fond de sa cellule dont il sait qu'il ne sortira pas, sa
route macabre. Les autorités l'accusent de quatre meurtres, mais pensent que
le chiffre le plus vraisemblable est de plus de trente. La série de meurtres
s'échelonne sur dix ans, entre 1974 et 1984.
Martin Michael Plunkett ne se confesse pas, il narre sa vie; de l'enfance où,
après avoir un peu aidé sa mère à mourir, et
fasciné par le méchant d'une bande dessinée "Super Saigneur",
il se déconnecte de la vie courante. Après un séjour en prison,
pour vol, un retour à la vie civile, il commence sa triste cavale de tueur.
Passant d'états en états, travaillant parfois, volant l'argent de ses
victimes, il revend leurs cartes de crédits, ne s'en servant jamais
lui-même.
Passant par hasard dans le Wisconsin, il tue un homme, mais est accusé du
meurtre et du viol de deux adolescentes. Emprisonné, il rencontre le sergent
Ross Anderson, tueur et violeur de ces deux jeunes filles. Après une fouille
détaillée de la voiture de Plunkett, ce policier lui dit qu'il sait
la vérité, et lui fait découvrir son homosexualité
latente. Il le laisse partir, mais garde des preuves contre lui, et
déclare : "Lis les nouvelles, on va parler de moi".
Puis par une suite d'articles de journaux et de rapports de police, nous suivons
leurs cheminements meurtriers. Ils se retrouveront et deviendront réellement
amants, mais leurs folles équipées prendront fin à quelques
jours d'intervalles. La morale ne sera même pas au rendez-vous, à la
fin du livre!
Peu de personnages de premier plan, Plunkett, Anderson et Thomas Dussenberry, le
policier, qui apparaît d'ailleurs très tard dans l'histoire. Les
victimes passent et trépassent, sans l'espèce de
boulimie de personnages secondaires, qui ne clarifient pas toujours la lecture et
la compréhension, que l'on trouve dans certaines oeuvres d'Ellroy.
Un roman classique : un sérial killer, un système judiciaire mal
adapté et, enfin un policier à sa poursuite. Une construction en
trois parties : une première partie, l'enfance et l'adolescence, qui peut
paraître longue (115 pages), mais nécessaire; ensuite les crimes et la
route dans la seconde partie du livre, que nous suivrons surtout grâce
à la presse et à la police. Sa rencontre avec Ross Anderson et le
cataclysme moral qu'elle déclenche. Puis se produit la chute fatale, la
capture de Ross, un dernier carnage et la reddition.
Mais l'écriture d'Ellroy est sobre, voire glaciale, comme Plunkett.
Le plus facile à lire (de ceux que je connais) tout en étant un des
plus accomplis.
Extraits :
"En l'espace de dix secondes, la femme qui m'avait porté passa du statut
d'énigme vivante à celui d'ennemie majeur."
"Los Angeles m'avait fait, m'avait possédé et m'avait
chassé."
"Quand on est "en série", on cherche toujours le prochain. Amant ou victime
on cherche."
"J'ai usé de lui, et j'userai de vous, et au bout du compte je
l'emporterai."
Note : 5/5
(Eireann)
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