L'après-midi de Monsieur Andesmas
(Gallimard/L'Imaginaire, 1979, 140 pages)
L'après-midi de Monsieur Andesmas fait partie de ces petits romans de quelques
pages, qui ne paient pas de mine, sont sans prétention, et évidemment sont des
perles dans un écrin de velours!
Oui, j'avoue mon gros penchant pour cette histoire banale, lisse, monocorde et monotone:
l'attente d'un homme âgé de soixante-dix-huit ans dans un fauteuil de rotin sur
une plateforme, devant une maison qu'il vient d'acheter pour sa fille, sur une colline, parmi
la forêt, pas loin d'un étang. Cet homme, monsieur Andesmas, attend un
entrepreneur, Michel Arc, pour parler du projet de terrasse à la place de cette
plateforme au sol sablonneux. Mais Michel Arc se fait attendre et monsieur Andesmas attend. Il
aperçoit sur la place du village une foule de danseurs qui s'égaient aux sons
d'une musique à la mode, cet été-là. Certainement son enfant, sa
fille, Valérie, est parmi eux. Elle l'a déposé dans sa voiture noire, puis
elle est repartie. Lui doit attendre Michel Arc qui est aussi en train de danser sur la place
du village. C'est sa fille qui lui a dit, est venu le prévenir d'excuser le retard de
son père, qu'il viendra plus tard. Mais plus tard, c'est l'épouse de Michel Arc
qui vient rejoindre monsieur Andesmas. Un peu figée, un peu décidée à
tout dire. Quoi? Sur la fille de monsieur Andesmas, sur cette fille à la blondeur
éblouissante, sur cette Valérie qui s'affiche de plus en plus avec Michel Arc,
qui rit avec lui. Et monsieur Andesmas, malgré l'amour infini qu'il porte à sa
fille, doit comprendre, entendre des choses, à défaut de les deviner.
Trois points de suspension... C'est ainsi qu'écrit Marguerite Duras, en suspension. Elle
laisse planer les choses, les sentiments, les attentes: le désir, l'amour, la douleur,
la trahison, la colère et l'impression d'être floué. Qu'importe que ce
récit soit dicté sans soubresauts, on se sent emporté par le vent dans les
arbres, frappé par les rayons du soleil de cet été-là dans le Sud
de la France. C'est terriblement subtil et accrocheur, enchanteur, oui!
Note : 4/5
(Clarabel)
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