L'Amant de la Chine du Nord
(Gallimard/folio, 1993, 245 pages)
Avec une imagination littéraire vive et profondément sensuelle, Marguerite
Duras fait le récit autobiographique de lorsqu'elle était une jeune fille
de 15 ans et sa liaison avec un homme presque deux fois son âge. Elle
dépeint un monde légèrement voilé d'érotisme, de désir et de mémoire.
Marguerite Duras ne nomme pas ses deux principaux personnages. Elle c'est
l'enfant, lui c'est le Chinois. Quoique plus mouvementé, le récit soulève
les mêmes thèmes que son roman L'amant: l'Indochine, la mère, les frères,
la passion, le bonheur inachevé et suscite la même profondeur d'émotion,
le même mystère: de l'amour à la séparation et au deuil, de l'enfance à
l'absence. Les métaphores et l'imagerie qui se dégagent de cette lecture
retiennent l'attention. Les protagonistes et les descriptions des temps et
lieux dans lequel le récit prend place rendent l'histoire vraie.
De par sa forme, le roman ressemble à un scénario de cinéma porté par un
phrasé court, voire minimaliste. La texture des mots explore les voies et
les impasses de la communication, traitant souvent des moments
existentiels dans la vie d'Elle et du Chinois. Il y a peu de passages
descriptifs, les personnages semblent au ralenti, ils se révèlent par ce
qu'ils disent et ne disent pas. Tout simplement, le lecteur se laisse
bercer et séduire par l'approche singulière du parcours saisissant de leur
amour.
C'est une belle exploration d'un amour complexe d'une adolescente
profondément troublée par ses rapports tendus avec sa mère et ses frères
et l'impact de ces relations envers son amour pour Le Chinois. Dans la
même lignée des trois autres oeuvres que j'ai lues, j'ai fait un beau voyage
durassien, une fois de plus sous le charme de la voix musicale et limpide
de Marguerite Duras. Ces romans m'habitent, je les savoure lentement.
Note : 4.5/5
(Sereine)
|