Dix heures et demie du soir en été
(Gallimard/Folio, 1986, 150 pages)
Ce petit roman de Marguerite Duras, auteur fameusement reconnue pour des oeuvres comme
L'amant, Le marin de Gibraltar ou Un barrage contre le Pacifique, s'est
scotché à mes mains de manière invraisemblable! J'ai plongé
littéralement dans le récit, étrange, envoûtant et amer.
L'auteur semble écrire comme un homme: des phrases sèches, une tonalité
mitraillée et une implacabilité du style, des mots, des personnages et de leurs
aventures. A cela même qu'elle a le génie d'écrire sans façon un
désabusement féroce, une lassitude des corps et des sentiments, un amour qui s'en
va, la beauté du corps qui s'évapore, le temps qui passe sur le couple
terrassé...
Cet oeil met à nu les âmes des personnages de
Dix heures et demie du soir en été: un couple, Pierre et Maria, sont sur
la route des vacances, avec leur fille Judith et une jeune femme, Claire, belle et amicale.
D'elle, on pressent qu'elle est l'élément qui fait vaciller le couple
Pierre-Maria qui s'éloigne et se perd. Maria se perd dans l'alcool, Pierre dans la
désillusion de son amour perdu. Et Maria observe ces deux amants qui se guettent, se
cherchent et, probablement, consumeront leurs amours à Madrid. Car c'est en Espagne que
se déroule cette histoire, d'abord dans un village où un crime passionnel vient
d'être commis. Un certain Rodrigo Paestra vient d'assassiner sa jeune épouse et
son amant. Depuis l'homme se cache et la police est à ses trousses. Dans ce village
envahi par les touristes déroûtés par l'orage qui s'abat sur la
région, chacun se réfugie dans l'hôtel pris d'assaut par cette masse, où
l'on dort à même le sol, dans les couloirs. Mais pendant cette nuit, Maria ne dort
pas: elle aperçoit l'ombre de Rodrigo Paestra sur les toits, elle l'appelle et
l'emmène hors du village. Et ainsi le roman se profile: sur les routes de vacances,
un couple, un enfant, une femme et un criminel recherché. L'on se noie dans les verres
de manzanilla, on s'effleure sur les balcons, on se dit qu'on s'aime en pleurant, et l'on perd
la vie dans les champs de blé.
Beau et étrange roman, publié en 1960, où les acteurs acceptent avec
tristesse et lassitude la défaite - de la beauté, de l'amour, de la vie et de la
raison. Insaisissable presque, mais incontournable aussi.
Note : 3.5/5
(Clarabel)
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