Mon Irlande
(Denoël, 1987, 311 pages)
Ne jamais manquer de pot!
Récit hautement biographique du truculent Donleavy, né en 1926
à New-York de parents irlandais, il a fait ses études au Trinity
College de Dublin. Après quelques ennuis avec la censure pour son livre (et
la pièce tirée de cet ouvrage) "L'homme de Gingembre", il quitte
l'Irlande. Mais c'est pour mieux y revenir!
Premier séjour 1946 avec une bourse d'étudiant, sa rencontre avec
l'Irlande et surtout avec quelques Irlandais pas forcément
représentatifs. Ses fréquents séjours aux "Charnelschambers",
cela ne s'invente pas, caves servant de logements et de lieux de débauche.
Vivant une histoire d'amour avec une "Princesse?", il s'intégrera à
cette faune avec des personnages hauts en couleur comme "Le vicomte" touchant de
ses parents une grosse somme d'argent tous les mois pour ne pas rentrer en
Angleterre. L'argent arrivant, il quittait son repaire en pyjama, allait à
la banque, passait chez le prêteur sur gage récupérer ses
affaires et repartait pour 15 ou 20 jours de grand luxe. Mais il revenait au
bercail, quand l'argent était dilapidé.
Ses études vues de haut, une situation matérielle enviable pour
l'époque emmène l'auteur dans les milieux cosmopolites de la ville de
Dublin d'après guerre.
Ce livre fourmille d'anecdotes, comme cette vieille Anglaise qui le pria de retirer
sa cravate car elle est aux couleurs de son écurie de course. Toutes les
combines possibles et inimaginables pour boire et participer à toutes les
fêtes. Plus tard, il commencera une carrière de peintre,
achètera une petite maison et aura comme voisin un dénommé
Gebler (mais nous en reparlerons).
Ses rencontres et anecdotes avec le monde littéraire de Dublin. Son
amitié pour Bredan Behan qui commença par une bagarre, Donleavy, dandy
mince, et Behan, colosse et mal habillé et souvent plus
qu'émèché. Mais l'un ni l'autre ne voulaient vraiment se
battre, cela se terminera par moult verres. Ses voyages dans l'Irlande profonde
avec le même Behan, capable d'attaquer, un matin de fête, un taureau
à mains nues, et de se baigner nu et de saluer dans le même et plus
simple appareil, les passagers d'un train. Les visites chez un autre
écrivain Ralph Cusak, qui aimait bien Behan comme compagnon de boisson, plus
que Gebler qui pratiquait volontiers l'abstinence alcoolique.
Gebler était un écrivain reconnu, ce qui n'était pas le cas
des autres. Scénariste à Hollywood, plusieurs fois marié,
divorcé autant de fois, il reviendra dans la vie de Donleavy, à l'île
de Man où celui-ci résidait avec son épouse. Un jour une
bagarre éclata entre quelques Irlandais qui voulaient ramener chez elle une
jeune Irlandaise, dernière conquête de Gebler. Elle s'appelait Edna et
avait quitté l'Irlande pour le suivre. J'oubliais, son nom de famille
était O'Brien! Ils ont eu un fils Carlo!
On croise aussi le poète Patrick Kavanagh, qui considérera Donleavy,
qui élevait des poules et s'occupait de son potager, comme un "tocard" en
matière de culture (maraîchère s'entend).
Mais des problèmes avec la censure allaient contraindre Donleavy à
un exil à l'envers, mais il reviendra, et avec les honneurs.
Bon livre, parfois un peu répétitif, mais qui fourmille d'anecdotes
sur des gens qui ne savaient pas qu'il allait connaître une certaine
notoriété.
A noter la présence de quelques photos.
Extraits :
"Ici la boisson est efficace et la conversation pleine d'entrain".
"Tel était le Dublin littéraire. Sans la moindre trace de livre dans
la main de quiconque et où chaque mot énoncé exprimait vos
prétentions à la célébrité."
"En Irlande l'amitié est sur les lèvres, mais pas dans les coeurs."
Note : 3,5/5
(Eireann)
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