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Fatou Diome

Le Ventre de l'Atlantique
(L.G.F., 2005, 254 pages)

Sur son île au large du Sénégal, le frère de Salie, la narratrice du "Ventre de l'Atlantique" qui vit en France, lui téléphone pour parler des derniers exploits de Maldini, célèbre footballeur italien. Aussi pour quémander de rejoindre la France, cette terre promise, l'Eldorado pour tous les jeunes Sénégalais désoeuvrés et qui s'imaginent gagner beaucoup d'argent grâce au football. Par exemple, les joueurs évoluant dans l'équipe nationale ou ces quelques locaux revenus au pays après avoir amassé une fortune en France. Mais ce que tous refusent de voir, de comprendre et d'admettre c'est la lourde réalité, le cruel sort réservé aux émigrés au sein d'une société occidentale dite égoïste, toute-puissante et raciste. Là, Fatou Diome met le doigt sur tous les points sensibles qui font la une des actualités: émigration clandestine, intégration, racisme, tiers-monde et mondialisation. L'auteur n'épargne personne: des sociétés grasses de l'Occident, de l'Afrique qui se meurt presque consentante et déjà condamnée si elle ne se ressaisit pas.

"Le ventre de l'Atlantique" n'est pas un ouvrage politique, mais bien un très beau et très juste roman qui nous embarque sur l'île de Niodore où évolue une petite communauté passionnée de football, où se révèle drames et passions en tout genre. Fatou Diome fait exprimer la jeune Salie, écrivain vivant à Strasbourg, étudiante, séparée d'un mari français, exilée d'un pays qui la rejetait. Fille d'ici et d'ailleurs, déracinée, nostalgique et à jamais incomprise, Salie est la Voix de Fatou Diome. Toutes deux parlent aussi des femmes africaines, de leurs douleurs, leurs fardeaux et les cruautés qui les attendent à tout instant.

Dépeint d'une grande finesse, ce roman est remarquable. Sa musique vous colle à la peau et vous ouvre les yeux sur une réalité qu'on devrait tous reconnaître. Un formidable roman et une plume digne d'une grande poétesse!

Note : 4/5
(Clarabel)
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Résumé : Salie, la narratrice, est Sénégalaise. Originaire de l'île de Niodior, sur la côte sénégalaise, elle a émigré en France, ElDorado de tous les habitants de l'île, pour suivre un mari français qui la quitta très vite après son arrivée en France. Étudiante, écrivaine et femme de ménage, elle est reliée à son île, à son frère Madické par le cordon ombilical qu'est le cordon du téléphone, seul moyen de communication entre Salie et son île natale. Madické, lui, passionné de foot, de Maldini, d'AC Milan et de la Squadra azzura, il ne rêve que d'une chose, comme tous les autres adolescents de Niodior: aller en France et jouer dans des équipes de football françaises. Même s'il est pro-Italien, c'est plus facile d'accéder à son idôle par la France. De quelle façon peuvent-t-ils Salie et Ndetare, l'instituteur syndicaliste exilé sur l'île et interdit d'aller en ville, mettre dans la tête de ces jeunes que les quelques Sénefs (joueurs sénégalais évoluant en France) sont des exceptions et que la réalité pour la plupart des immigrés Africains, la vie n'est qu'une succession de désillusions et de rêves avortés? Mais ces jeunes ne veulent rien savoir. Pour eux, l'exemple du Monsieur de Barbès, notable de l'île qui est parti en France et est revenu triomphant, mais qui enjolive ses anecdotes pour qu'on continue à l'écouter. D'ailleurs, il a la seule télé de l'île, où les adolescents assistent aux matchs des Bleus. Mais que faire de Moussa, aspirant Sénef qui est revenu (via charter)? Non, pour ces jeunes-là, Moussa est une erreur de parcours.

L'histoire : C'est toujours difficile. L'immigré ne peut pas dire à celui qui veut émigrer que l'émigration n'est pas que facilité, car sinon, la réplique immédiate sera: alors? Si ce n'est pas si bien, pourquoi tu y restes? Comment expliquer alors que la vie en France (ou en Europe en général) n'est pas facile, que les étrangers ont du mal, sont exploités, qu'ils peinent à avoir des papiers, que dès l'arrivée en France, ils n'ont pas encore traverser la frontière, que l'officier des douanes lancent des "Ça me saoule que vous veniez chercher votre fortune ici. Vous n'avez qu'à rester sous les cocotiers chez vous". Ou quand un groupe d'Africains parle une langue qui est inconnue du bataillon, on lance "Vous comprenez ce qu'ils disent? Non, mais vous parlez comment là-bas? Avec les pieds?", faut-il préciser que l'Afrique n'est pas UN pays, mais un continent avec 53 pays et presque le millier de langues bantoues?

Et puis, cette tradition implicite. Quand l'émigré revient au pays, peu importe s'il y souffre, s'il y est au chômage, s'il est "technicien de surface" ou veilleur de nuit. Quand il revient, il se doit d'apporter des cadeaux pour toute la famille qui n'est pas restreinte. Même "les membres de la famille éloignée par on ne sait quelle branche de l'arbre généalogique." Car sur Niordior, tout le monde est cousin de tout le monde. Depuis des générations, ce sont les mêmes mariages, les mêmes noms qui circulent. Alors forcément, la famille ne cesse jamais. Si on revient les mains dans les poches, on subit les quolibets de ses voisins, on jette la honte sur la maison de ses parents et de sa famille la plus proche. "Maintenant que tu vis en Europe, tu oublies tes obligations. Tu n'envoies pas de sous à la famille. N'oublie pas pourquoi on t'a envoyé. Tu dois nous aider. C'est ton devoir. Mais non. En Occident, tu es devenu individualiste. Tu ne penses qu'à toi. Tu ne portes même plus les habits traditionnels, tu veux être comme eux." Alors en revenant, "les aides-soignants sont médecins, les remplaçants sont professeurs, les techniciens de surface sont hôte d'accueil." Le seul lien qu'a Salie avec Madické, c'est le téléphone et le foot. C'est le seul sujet de conversation. Quand Madické ne peut pas assister aux matchs, il appelle sa soeur du télécentre, pour qu'elle le rappelle "saignant pour France Telecom" et qu'elle lui raconte les détails. Parce que même si elle trouve que son frère est égocentrique, il n'y a que le foot, elle regardera tous les matchs pour lui. Même sans argent, elle achètera tout l'équipement de foot qu'il demandera. C'est sa manière de veiller sur lui.

Mon avis : Fatou Diome est à ajouter à ma liste d'auteurs à relire. Son écriture est si poétique, si imagée! Elle a un humour noir relatant la détresse des immigrants en France, cette différence d'attitude lorsque l'Africain est brillant dans son domaine, on lui fait la fête, lorsque c'est un immigrant lambda, à qui le tour. Mais comment expliquer aux autres ce dilemme qui est en nous, la plupart des étrangers, qui ne sauraient rester à l'étranger très longtemps mais que rentrer au pays leur est devenu insuffisant? Comment expliquer à ceux qui veulent absolument partir, qu'il n'y a rien de mieux que "chez nous", mais que d'un autre côté, chez nous ce sera toujours là où on posera nos oreillers? Que nous ne sommes pas nous sans l'Afrique et sans l'Europe? Que nous avons besoin de marcher dans les pas des deux?

"Chez moi? Chez l'Autre? Être hybride, l'Afrique et l'Europe se demandent, perplexes, quel bout de moi leur appartient. Je suis l'enfant présenté au sabre du roi Salomon pour le juste partage. Exilée en permanence, je passe mes nuits à souder les rails qui mènent à l'identité. [...] Je cherche mon territoire sur une page blanche; un carnet, ça tient dans un sac de voyage. Alors, partout où je pose mes valises, je suis chez-moi."

D'un côté, je n'ai pas de légitimité à parler du même genre d'immigration. Car je suis étudiante et que je ne travaille pas pour vivre, que je souffre pas des mêmes galères. Nos points communs seraient le départ et l'administration, et encore... Quand je rentre en Angola, on n'attend pas de moi que j'apporte quoique ce soit. Déjà que le sens des finances se fait à l'opposé, c'est de l'Angola que vient mon argent de poche, et ce n'est pas de la France qu'on envoie en Angola. Mais... Il y a tellement de choses à dire, à écrire...

Je ne ferai que conseiller ce livre, il vaut le coup d'être lu et Fatou Diome vaut le coup d'être connue. Bientôt, son livre sera disponible en anglais, et ça, c'est top!

Note : 4.5/5
(JoAnnLadybird)
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Oui j'ai lu "Le ventre de l'Atlantique" l'année dernière... un peu par hasard, un prêt d'une amie.

Au début, je n'étais pas très chaude pour le lire : le foot ça ne m'intéresse vraiment pas mais derrière ça, on voit dans les yeux des Sénégalais la France comme une Terre Promise, leurs problèmes, leurs difficultés, leurs rêves.

Ecriture attachante, émouvante, livre qui se lit très bien.

Je n'ai vraiment pas regretté de l'avoir lu et je suis contente d'avoir découvert un nouvel auteur intéressant à lire.

Note : 5/5
(Claudia)
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Quelle belle découverte!

Je ne ferai pas de résumé car il y en a déjà plusieurs, mais Fatou Diome a un style très original et très agréable à lire. Ce roman se lit d'une traite et nous emporte complètement ailleurs. Quel bonheur de revivre un match de football historique sous la plume de Fatou Diome, sur un mauvais écran de télévision devant lequel se trouve tout un village africain. La distance et l'exil sont très bien retranscrits dans ce roman beau, drôle et touchant.

Une petite nuance cependant, notamment à la fin du roman, certains paragraphes frisent la dérive vers un traité politique ce qui est un peu dommage, d'autant que Fatou Diome prouve à de multiples reprises dans ce roman qu'elle a assez de finesse pour faire passer les messages autrement.

En tout cas c'est sûr, Fatou Diome a quelque chose et je la lirai encore!

Note : 4,5/5
(Lucie)
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Fatou Diome est une femme étonnante, pleine de vivacité et de lucidité. Je l'ai vue, au moment de la sortie du livre, dans une émission d'Ardisson où elle expliquait le pourquoi et le comment de son livre. Un livre qui lui ressemble, qui comme elle, sous des apparences non trompeuses d'humour et d'énergie dénonce des situations humaines difficiles, voire pathétiques.

La France, un paradis? Allons donc! Pour qui? Pourquoi? Comment une telle image est-elle encore véhiculée? Et puis combien de temps entre l'arrivée sur le territoire français et la fin de toute illusion? Autant de questions auxquelles Fatou Diome tente d'apporter une réponse. Elle ne prétend pas avoir la science infuse mais elle a son idée sur beaucoup de choses et semble bien décidée à nous la faire partager. Avec verve et talent, elle n'a pas sa langue en poche et c'est tant mieux. Le résultat est ce petit bijou d'ironie et de réalisme, traitant de la situation de l'immigration sous des aspects plus quotidiens, plus personnels, loin des chiffres, des statistiques officielles ou des campagnes politiques. Ici, on est en plein dedans, on reçoit une version différente de l'habituelle, une version de l'autre côté de la barrière et c'est très intéressant. Une réalité de l'immigration terriblement différente selon que l'on se trouve en France ou au Sénégal. Se pose la question de l'humiliation et de l'amour propre, ces craintes qui finissent par se transformer en mensonges quand l'Africain débarqué en France n'ose pas raconter comment il vit et survit. Au Sénégal, on continue à faire croire à la famille que tout va bien. Et après tout, cela semble parfois tellement difficile, voire impossible, de briser l'espoir d'un petit frère qui rêve d'un monde meilleur et est persuadé qu'il le trouvera dans l'Hexagone.

Très belle lecture, humaine et enrichissante.

Note : 4/5
(Sahkti)
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Salie, émigrée Sénégalaise, vit en France de sa plume. Là-bas, au pays, sur l'île de Niodor, son frère Madické rêve de la rejoindre afin de réaliser son rêve : jouer dans une équipe de football française et rencontrer son idole, Maldini, joueur italien de l'AC Milan. Mais comment lui expliquer que la vie en France pour les émigrés n'est pas telle que Madické et ses copains l'imaginent? Que les quelques Sénefs qui ont réussi masquent tous les autres qui survivent dans la misère tout en le cachant aux proches restés au pays ou ceux qui sont refoulés sans ménagement hors de la frontière et qui deviennent la honte de toute une communauté.

A lui seul, "Le ventre de l'Atlantique" est un magnifique témoignage de l'émigration et de ses ravages auprès des habitants du Tiers Monde. Fatou Diome décrit en effet les motivations, les espoirs déçus de beaucoup de ceux qui ont tenté le voyage et qui n'ont, à leur arrivée en France, connu pour la plupart la misère, le dédain des Français, subi le racisme et les contrôles de police. Sans oublier ceux, qui, comme Moussa, ont été renvoyés sans ménagement au Sénégal et qui, ne pouvant supporter le mépris de ses semblables, s'est donné la mort.

Cependant, pour la majorité des jeunes de l'île de Niodor, partir reste la seule solution. Que faire face à une telle misère, quand on a une famille à nourrir, des parents qui comptent sur vous pour améliorer la situation? Que faire, quand, ceux qui ont réussi et se sont enrichis, reviennent au pays et font étalage de leurs richesses? Difficile par conséquent pour l'instituteur Ndétaré de convaincre ces jeunes qu'il y a d'autres moyens que de passer par l'émigration. La tête pleine d'étoiles, la jeunesse sénégalaise rêve devant la télévision qui lui renvoie une image de l'Occident tronquée, où les gens sont payés grâce au RMI à ne rien faire, où les familles grâce à la CAF s'enrichissent en faisant des enfants ou même ceux qui ramassent les crottes de chien à Paris ont un salaire...

Alors, évidemment, quand on leur dit que la vie de l'émigré, là-bas, est loin d'être rose, eux s'en moquent. Ne sont-ils pas jeunes, vaillants et enthousiastes? Et puis, la plupart de ceux qui y vont ne reviennent-ils pas riches? Tout, plutôt que de rester ici, à pêcher dans le ventre de l'Atlantique quelques misérables poissons! Tout, plutôt que de continuer à se morfondre des jours durant dans ce coin perdu du Sénégal dont l'Etat s'est depuis longtemps désintéressé! Quant aux émigrés, qui, comme Salie, tente de les dissuader de venir, ne sont-ils pas égoïstes de ne pas vouloir les aider à obtenir un billet d'avion pour la France! Puisqu'ils y sont, pourquoi ne veulent-ils pas que, eux, viennent!

Fatou Diome dresse ici aussi un portrait complet de la vie sénégalaise où les marabouts et les anciennes croyances règnent encore sur les esprits, où l'islamisme radical gagne du terrain, où les femmes n'ont d'autre rôle que d'avoir des enfants et d'épouser les hommes que la communauté leur a imposés.

Un beau roman; un témoignage convaincant sur l'émigration et ses conséquences. Un seul bémol : les passages sur les matchs de foot, qui m'ont, je l'avoue, complètement laissée de marbre voire ennuyée par instants! Mais, cependant, "Le ventre de l'Atlantique" est une vision différente d'une situation dont on parle beaucoup et qui, à l'avenir, ne devrait pas s'arréter.

Note : 3,5/5
(liza_lou)
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Résumé : Salie vit en France, mais reste en contact avec son petit frère Madické, resté au Sénégal et grand partisan de l'équipe de football d'Italie. Immigrée, elle tente de montrer à ce petit frère qui rêve de jouer aux côtés de son idole Maldini, la réalité de la vie en France pour un immigrant. Celui-ci n'en croit rien : après tout, les stars du football ne gagnent-elles pas des millions?

Critique : J'ai eu la même impression en lisant ce livre qu'en lisant "La préférence nationale" : où s'arrête la réalité et où commence la fiction dans cette histoire? L'auteure place ses histoires dans des cadres familiers et elle rend avec une telle intensité et une telle véracité les émotions de ses personnages que l'on en vient à croire que c'est d'elle-même qu'elle parle. D'ailleurs, le personnage de Salie lui ressemble beaucoup: elle vit en France, elle est écrivain, elle gagne sa vie en faisant des ménages, elle a épousé un Français puis divorcé à cause de la pression de la belle-famille. Le tout raconté dans une série de métaphores absolument sublimes. Elle raconte la vie de l'immigrant, combien la nostalgie peut être pénible, comment on en devient à être l'Autre partout ailleurs. Dans son écriture, Fatou Diome parvient à restituer le rythme de l'Afrique, son âme, sa façon de vivre, sans les juger, nous menaçant même des pires châtiments si on en vient à condamner les gens qui sont là-bas. On ne vit pas dans le même contexte après tout!

Un très beau roman, comme on aimerait en lire plus sur l'Afrique, le Sénégal, peu importe, car on y parle de l'âme des gens et aussi de la vie quotidienne, en nous la faisant découvrir sans la lorgnette du sensationnalisme des médias. Un très beau livre, libre comme la vague qui lèche les plages de Niodor, riche comme les senteurs du vent qui y modèle le sable blanc.

Note : 4,25/5
(Profgéo)







Le ventre de l'Atlantique,
La préférence nationale,
Kétala



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