Confessions d'un barjo
(Editions 10/18, 2005, 313 pages)
"Confessions d'un barjo" est l'un des romans non SF de Philip K. Dick. Il l'a
écrit en 1959 mais n'a réussi à le faire publier qu'en 1975.
Non pas parce qu'il est mauvais mais parce qu'à cette époque (il
parait que c'est toujours vrai de nos jours) quand on vous collait
l'étiquette littérature de genre il était difficile de s'en
débarrasser. Comme nombre de romans de Dick celui-ci a fait l'objet d'une
adaptation cinématographique. "Confessions d'un barjo", film français de
Jérôme Boivin, avec Hippolyte Girardot est sorti en 1992.
L'histoire : Bienvenue à Point Reyes, trou perdu californien. Jack Isidore
est un simple d'esprit qui vient d'une famille modeste. Il collectionne les objets
bizarres et s'intéresse de façon "scientifique" aux
phénomènes paranormaux. Il est un peu barjo (d'où le titre du
livre). Jack à une soeur Fay, mariée à Charley, un nouveau
riche, très travailleur mais assez beauf dans son genre. Fay, Charley et
leur deux filles vivent un peu à l'écart des autres dans une superbe
mais malcommode maison moderne, entourée d'un immense terrain où
cohabitent harmonieusement un chien, un cheval, des moutons, des canards et des
poules. A la suite d'une minable affaire de vol, Jack est pris en charge par sa
soeur. Rapidement il va se transformer en bonne à tout faire et nous livrer
le portrait d'une famille pas si bien que ça sous tous rapports. Sous le
vernis des apparences se cache toute la monstruosité d'êtres humains
ordinaires.
Philip K. Dick nous brosse avec humour et un sens de l'horreur
particulièrement développé le portrait d'une famille
d'américains moyens. Il a une acuité particulière dans
l'observation de ses semblables et nous restitue des personnages très
réels. La construction du roman est originale : l'histoire est
racontée par chacun des protagonistes au cours de chapitres
différents, sans répétition ni redites. Une fois le livre
commencé impossible d'en interrompre la lecture.
Respect à l'auteur. Je lui laisse le dernier mot (ceux d'une lettre
datée du 19 janvier 1975) :
"Quand j'ai écrit Confessions, j'envisageais de créer un personnage
totalement idiot, ignare, dénué de tout sens commun, un symposium
ambulant de croyances et d'opinions débiles... un paria de notre
société, un être complètement marginal qui voit tout de
l'extérieur et doit par conséquent se contenter de deviner ce qui se
passe. En relisant le roman maintenant, je suis, à ma grande surprise, plus
convaincu encore que Jack Isidore n'est pas un abruti; je suis sidéré
de voir que sous le flot d'insanités qu'il débite en permanence, il
possède une sorte de subconscient perspicace, peut-être capable
d'appréhender en profondeur les événements... et merde, en
finissant cette fois la lecture du roman, j'ai pensé avec stupeur : Il a
raison, ma foi, ce vieux Jack Isidore! Peut-être qu'il ne voit pas simplement
les choses comme nous, mais, fait incroyable, beaucoup mieux à sa
façon."
Note : 4.5/5
(Lhisbei)
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