Cosmos Incorporated
(Albin Michel, 2005, 568 pages)
Déjà, résumer l'histoire est un sacré exercice. Faisons
court, donc: nous sommes à la Grande-Jonction (en 2057) une espèce de
cité spatiale faisant la jonction (donc) entre le ciel, vers lequel
s'enfuient des sortes d'aparatchiks, et la terre, qui se consume lentement...
Charmant, donc, et parfaitement dantequien. Sergueï doit assassiner le maire
de la ville, et bien sûr les choses ne vont pas du tout se passer comme
prévu...
On retrouve ici la plupart des obsessions de l'auteur: décadence de la
civilisation, volonté de progrès en berne, politiques
sécuritaires... Avec bien sûr juste ce qu'il faut de scandale:
quelques islamistes pas gentils du tout et une affiliation de l'auteur à
l'extrême droite devenue officielle. Notons cependant que, dans l'ensemble,
c'est quand même plus soft que les précédents romans...
En revanche, niveau style, c'est le nirvana néantesque, l'apothéose
du n'importe quoi. Honnêtement, il y a des passages où on ne comprend
strictement rien de ce qui est écit. Je parle six langues, mais visiblement
pas le Dantec (sorte de mélange entre l'anglais, le français, le
patois breton et le langage sms, le tout saupoudré d'une bonne dose de
parisien de salons) ...ouah! A force de vouloir absolument ressembler à
personne, il finit surtout par ne plus ressembler à rien.
Paradoxalement (je dis paradoxalement parce qu'en général, si le
style ne me plait pas, je décroche) l'histoire est vraiment captivante. La
force de Dantec, c'est d'être parvenu à signer un très bon
livre de SF tout en y glissant ses pensées, préoccupations et
revendications - sans jamais que cela semble surfait. On est vraiment
fasciné par l'univers de la Grande-Jonction, et l'imagination est
réellement au rendez-vous.
Que dire alors... n'étant pas fan de Dantec, je reconnais ne pas
maîtriser très bien son univers. En revanche, je suis tout à
fait capable d'évaluer les qualités strictement littéraires
d'un livre, et force est d'admettre que "Cosmos Incorporated" ne manque ni de
souffle ni d'inventivité... en faisant fi des longues digressions pseudo
politiques parfois fatigantes, cela pourrait même être un excellent
bouquin pour les dernières heures de plage restantes.
Par contre, évidemment, si on cherche peu l'idéologie qui se
terre entre les lignes, on obtient pas le même résultat. Vous me
direz, je ne suis pas là pour parler d'idéologie, et oui,
j'apprécie nombre d'auteurs se revendiquant de droite hard voir
extrême. A ceci prêt que Dantec, lui, ne fait que parler de ça,
justement. D'idéologie. Et se cache derrière le concept de narrateur,
dit qu'il préfère qu'on parle de qualité littéraire,
qu'il est comme Houellebecq, une victime - sauf que ça n'a strictement rien
à voir. Je ne connais pas les convictions profondes de ce cher Michel, il est
bien trop mystérieux pour ça. En revanche, j'ai lu et vu suffisamment
d'interviews de Dantec pour affirmer que, derrière ses lunettes noires et
son côté bête de cirque, il pense totalement ce qu'"il dit, et
que ce n'est pas QUE de la provoc...
A vous donc, de voir ce que vous voudrez faire de ce bouquin très
embarrassant à noter, et de cet auteur qui, de toute façon, continuera
de diviser tout le monde avec ou sans mon opinion. Je voulais juste être le
premier à chroniquer ce livre, que je qualifierais de "plutôt pas mal".
A choisir, et toujours de Dantec, je lui préfère quand même "La
Sirène Rouge", le tout premier, nettement plus... "fréquentable":
à l'époque, Dantec ne se prenait pas pour un idéologue ou un
théologien. Il se prenait pour un écrivain. Il voulait devenir
Philip K. Dick. Et c'était quand même vachement mieux!
Note : 3/5
(Thomas)
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Bon, je viens de refermer définitivement "Cosmos Inc." à la page 275
(sur 500 et quelques...). La première partie ça allait encore, un
thriller sf avec quelques messages subliminaux... ok, pas mal, on se fait prendre
au jeu, rien à dire de particulier... plutôt une bonne impression.
Mais la seconde partie, à un moment où on ne s'y attend pas, un grand
n'importe quoi! un délire mystico-futuro-je-sais-plus-trop... une collection
de mots compliqués juxtaposés, bref, strictement impossible de rester
dans le bouquin. Ça en est même ridicule par moments...
Sujet clos pour moi, l'expérience Dantec en restera là.
(Tophe)
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