Cannibale (Gallimard Folio, 2000, 107 pages)
L'Exposition coloniale de Paris, 1931. Pour amuser les Parisiens, le comité d'organisation fait venir de Nouméa quarante hommes et femmes (des Kanaks, qu'ils ont rebaptisés "hommes anthropophages de Nouvelle-Calédonie") qu'ils exposent dans des cages, tels des animaux dans un zoo, et qu'ils obligent à se comporter comme des bêtes sauvages. Pour remplacer des crocodiles morts mystérieusement, les organisateurs concluent un marché avec le cirque Hoffner de Francfort : ce dernier prête ses crocodiles en échange d'autant de Kanaks.
Ce "résumé" n'est pas le résumé de l'histoire proprement dite, mais juste le rapport d'un fait réel. L'auteur offre simplement au lecteur une fiction - deux Kanaks s'évadent de leur cage et partent à la recherche de leurs amis, en route pour le cirque - sur fond de vérités crues, qui dévoilent l'univers de l'Exposition, le Paris des années trente avec ses mentalités et ses intolérences, et la barbarie des hommes.
Un livre poignant, mais surtout révoltant, formidablement bien écrit, qui mérite assurément un 5/5!
Quelques citations : - "Tu vois, on fait des progrès : pour lui nous ne sommes pas des cannibales mais seulement des chimpanzés. Je suis sûr que quand nous serons là-bas, nous serons redevenus des hommes." (p. 41)
- "Tous les enfants de la tribu m'entourent et me demandent comment c'était la France, Paris. Je leur invente un conte, je leur dis que c'est le pays de merveilles. Mais très tard, je raconte pour les Anciens. Je leur explique qu'on nous obligeait à danser nus, hommes et femmes; que nous avions pas le droit de parler entre nous, seulement de grogner comme des bêtes, pour provoquer les rires des gens, derrière la grille; qu'on insultait le nom légué par nos ancêtres." (p. 47)
Note : 5/5
(Aurou)
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