La vagabonde
(LGF - Livre de Poche, 1975, 251 pages)
Au début du XXe siècle, Renée Nérée, pantomime dans un théâtre de variété parisien, est une trentenaire célibataire. Il n'en a pas toujours été ainsi, avant elle fréquentait le monde au bras de son mari Adolphe Taillandy. Après plusieurs années de mariage, elle n'en peut plus de supporter les infidélités de son époux et le laisse. Elle se retrouve immédiatement au ban de ce monde, surpris qu'elle rejette tous ses avantages alors qu'elle avait toléré la situation d'adultère pendant tant d'années. Renée en fait fit et se bâtit une nouvelle vie, seule avec sa chienne.
La vie d'artiste de variété est difficile, mais Renée peut s'y épanouir. De nombreux spectateurs tentent de la courtiser, mais elle les renvoie sèchement, et ils ne demandent pas leur reste. Toutefois, un chic monsieur Dufferein-Chautel ne se laisse pas démonter par ces premiers refus et persévère auprès de Renée. Cette dernière ne veut rien savoir d'un amant, mais ils finissent par devenir amis, grâce à une connaissance interposée. Renée conserve sa froideur, mais Dufferein-Chautel, rusé, continue subtilement sa cour. Le travail de sape affaiblit la résistance de Renée, et elle succombe un jour à ses charmes.
"C'est la première fois que je laisse mes mains dans les siennes. Je crois dompter ma répugnance, d'abord, puis leur chaleur me détrompe, me persuade, et je vais céder au fraternel, au surprenant plaisir, ignoré depuis si longtemps, de me confier, sans paroles, à un ami, de m'appuyer un instant à lui, de me réconforter contre un être immobile et chaud, affectueux, silencieux... Oh! jeter mes bras au cou d'un être, chien ou homme, d'un être qui m'aime!...
- Renée! Comment, Renée, vous pleurez?
- Je pleure?"
Renée acceptera de s'abandonner à son nouvel amour, après une dernière tournée de quarante jours. Elle profite aussi de cette tournée pour réfléchir à leur relation, car le spectre de son premier mariage désastreux la hante. La vie d'artiste est difficile, mais elle s'imagine ménagère bourgeoise auprès de Dufferein-Chautel, perdant son lustre d'artiste, devenant meuble, jusqu'à ce qu'il aille, inévitablement, se satisfaire auprès d'une femme plus originale, différente. Renée est déchirée entre le risque d'une vie artistique et célibataire d'expédients, et une vie bourgeoise de couple, menacée par la routine.
Cette histoire est fortement biographique, Colette fut pantomime après le divorce d'avec son premier (de trois) mari, Willy (qui co-signe certains de ces livres, parce qu'il dirigeait alors une "usine à romans"... et aussi à cause de l'époque). Au début de ma lecture, j'ai eu quelques difficultés à m'accrocher au livre : les histoires de coulisses de théâtre me laissaient froid. L'arrivée en scène de l'amoureux donne toutefois un souffle nouveau, plus qu'une simple histoire d'amour mièvre. Il faut situer l'oeuvre dans son époque, le début du XXe siècle, pour saisir toute l'ampleur de la liberté et de l'affirmation de cette femme, de Colette. Et le lecteur se questionne parfois à savoir si cette femme cherche la liberté ou l'auto-destruction, ou si elle craint l'asservissement ou la routine. Il faut aussi ajouter que Colette possède une belle écriture.
Note : 4/5
(Le-réaliste-romantique)
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