Le Café de l'Excelsior
(LGF, 2007, 87 pages)
Trois années de l'enfance d'un orphelin auprès d'un grand-père,
patron de café populaire d'une petite ville de Province.
Rien à dire de plus sur ce livre, petit en nombre de pages mais tellement
grand par les mots.
C'est mon premier livre de Philippe Claudel mais il m'a donné envie de lire
toute son oeuvre. L'écriture est réellement magnifique. Un
poète de la prose...
Je laisse les extraits parler :
"L'endroit formait une enclave oubliée contre laquelle les rumeurs du monde,
et ses agitations, paraissaient se rompre à la façon des hautes vagues
sur l'étrave d'un navire. Tout y avait déjà la qualité
de l'estompe, comme si le lieu s'apprêtait à se noyer dans un temps au
fur et à mesure plus vorace, et qui ne tolérait ni la compassion pour
les lieux inspirés, ni la noblesse des rares survivants qui ne cessaient de
les hanter."
"Rien n'aurait dévié la route des ces astres mélancoliques qui
avaient passé soixante-dix ans et plus : après avoir couché
contre la vitrine leurs chars pétaradants, ces veufs improbables et ces
maris égarés qui avaient de leur vie épuisé les
surprises, se retrouvaient au vieux bistro et rompaient dans les blancs
gommés et les roses picons l'éternité des jours moroses."
"... et quand je posais ma petite tête de moineau contre la grosse chemise de
laine, et sentait tout à la fois le parfum de bois brûlé, le
souffle de vin, le soulèvement mesuré de la poitrine, j'embarquais
pour un voyage dans une géographie chaleureuse, sans crainte ni redoute, au
terme duquel, moi-même cédant au bon sommeil, je retrouvais la
tiédeur tendre, enserrante et confuse, du réconfort premier."
"Nous délaissent sans prévenir les plus beaux de nos jours, et les
larmes viennent après, dans les après-midi rejoués de
solitude et de remords, quand nous avons atteint l'âge du regret et celui des
retours. Les visages et les gestes que nous traquons dans l'ombre des puits de nos
mémoires, les rires, les bouquets, les caresses, les silences boudeurs, les
taloches aimantes, l'amour et le don de ceux qui nous mènent au seuil de la
vie creusent notre souffrance autant qu'ils nous apaisent. Nous vivons parmi de
grands pans de lumières hachés de noirs fracas. Il faut nous en
convaincre."
Note : 5/5
(Clochette)
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Il a huit ans et il vit avec son grand-père depuis la mort de ses parents.
Celui-ci est le patron d'un bistrot d'un village lorrain, minuscule tripot mal
entretenu où se retrouvent chaque jour les vieux du village qui viennent y
trouver un peu de chaleur masculine, pour jouer aux cartes, parler ou
préparer parties de chasse ou de pêche, éviter la messe, ou
passer le temps en attendant la mort. L'enfant nous raconte les quelques
années qu'il passe là, plein d'amour et de dévotion pour ce
grand-père qui, malgré sa maladresse et ses erreurs, lui apporte tant
de réconfort. Mais cela ne durera pas...
J'ai retrouvé la très belle écriture de Philippe Claudel, et
cette longue nouvelle m'a charmée avant de me frapper au coeur. L'auteur a
observé et retransmis des situations, des personnages, des odeurs, qui ont
fait resurgir des souvenirs personnels, tout en, petit à petit, nous
racontant une histoire qui amène et impose l'émotion. J'ai lu le
livre deux fois.
Note : 4,5/5
(Chantale)
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Un très beau livre, petit par le nombre de pages (83) mais grand par la
beauté des phrases, un roman empreint d'émotion, d'humour, de
tendresse et de chaleur humaine.
Une phrase que j'ai retenue parmi beaucoup d'autres :
"Nous délaissent sans prévenir les plus beaux jours de nos jours, et nos larmes viennent
après, dans les après-midi rejouées de solitude et de remords,
quand nous avons atteint l'âge du regret et celui des retours.
Nous vivons parmi de grands pans de lumière hachés de noirs fracas..."
Note : 5/5
(Lalyre)
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