J'abandonne
(Gallimard/folio, 2002, 111 pages)
Dans le confessionnal d'un hôpital, deux hommes reçoivent une femme,
maman d'une adolescente de 17 ans. Cette femme va apprendre le décès
de sa fille par ces "hyènes", ainsi qu'ils se surnomment. Et en effet, ils
vont lui "sauter dessus", lui sortir un formulaire pour le don d'organes et même
si cette procédure relève pour eux d'une mécanique
routinière, cette fois-ci sera différente. L'un de ces hommes, le
narrateur, est au bout du rouleau. Cela dure depuis quelques temps, amorcé
par le décès de sa femme, livré seul avec un
bébé de vingt-et-un mois, lassé par des dégoûts
accumulés. Il souhaite "abandonner" son job, et tout le reste.
Car le ras-le-bol que met en scène Philippe Claudel est poignant, cru et
déchaîné. Son personnage s'en prend à un lot de petits
riens quotidiens, depuis une affiche de Bigard, à la retraite de
Céline Dion, aux Yougouslaves dans la rue, au beaufisme, à la
vulgarité et la violence bon marché. Et cette addition
d'exaspération, ce trop-plein de lassitudes le marginalise de plus en plus,
l'éloigne du monde des vivants, dans lequel tente de l'agripper son
adorable petite fille. Vers la fin, l'accélération de la narration
permet des révélations chez le caractère de cet homme
désemparé. Toutefois son discours met également en
péril le choix du don d'organes. Personnellement je ne pense pas que
c'était l'intention de l'auteur, il s'est trouvé "embarqué"
dans l'engrenage de son action. Or le vif du sujet n'était pas
d'ébranler les décisions finales des familles
éplorées, plutôt d'assister au naufrage d'un homme, lui-même
confronté et traumatisé par ce choix, mais qui perd pied autrement.
J'ai trouvé ce livre fascinant. Morbide, mais très poignant, et
direct en plein coeur, malgré quelques passages rasants et
déroutants.
Note : 4/5
(Clarabel)
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C'est en lisant vos critiques que j'ai eu envie d'essayer cet auteur.
Dans une bibliothèque, je suis tombée sur "J'abandonne", court livre
de 106 pages, j'ai tenté... Hé bien on ne m'y reprendra plus :
l'écriture est très actuelle (ça se passe vraiment maintenant
aujourd'hui, je ne me sentais pas transportée par le livre dans un autre
univers), elle est aussi cynique, sordide et ultra pessimiste.
Personnellement ce n'est pas ce que je recherche dans un roman, trop noir
peut-être trop "moderne" pour moi...
Note : 1.5/5
(Rutabaga)
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