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Une page qui contient des extraits qui parlent de lire...
"Je suppose que j'ai interprété l'indifférence de ma mère envers les livres comme un
mépris pour la communion, par le truchement de l'écrit, entre un auteur et un lecteur, cet espace
intérieur que nous puisons dans les mots imprimés."
"Je voulais de beaux livres. Je voulais comprendre ce que mon père savait mais n'avait pas voulu ou pu me dire,
par gêne, devant les rayonnages de notre salon de Miami."
"Les livres ne sont pas seulement les transmetteurs de leurs contenus; ils sont aussi, et fondamentalement, surtout
les beaux livres, les écrins et les apprêts de leurs contenus."
Donc, j'étais le type même du "rat de bibliothèque". Ceux
qui ne connaissent pas ce penchant doivent trouver bizarre qu'on ait sans cesse le nez
plongé dans un bouquin, qu'on ne voit pas passer la vie avec toutes ses merveilles, qu'on
gaspille ses années de jeunesse insouciante sans profiter de ses joies et de la dépense
physique. Ils y discernent sans doute quelque chose de triste, voire de tragique, ils
se demandent ce qui peut bien pousser un gamin à se comporter ainsi. Mais on ne voit
les merveilles de la vie que quand on est heureux; l'insouciance ne va de pair qu'avec
le bonheur; et les joies de la pensée, de l'imagination, sont bien supérieures à celles
des muscles et de l'effort. Laissez-moi vous dire, si vous ne le savez pas par expérience,
que certaines personnes (moi, par exemple) trouvent dans un bon livre, dans l'immersion
dans les mots et les idées, un bonheur d'une intensité insoupçonnée. Quand je veux
invoquer des souvenirs de paix, de sérénité, de plaisir, je repense à ces paresseux
après-midi d'été, je me revois en équilibre sur ma chaise, un livre sur les genoux;
j'entends encore le bruissement des pages tournées tout doucement. Peut-être ai-je
connu, à d'autres époques de ma vie, de plus hauts sommets d'extase, de grands moments
de soulagement ou de triomphe, mais sur le chapitre du bonheur tranquille, paisible,
je n'ai jamais rien vécu de comparable.
Environ deux cents livres de poche dans des caisses en bois formant une étagère improvisée : Faulkner, Steinbeck,
Robert Louis Stevenson (y compris "L'île au trésor", avec une couverture vraiment extra de pirates ferraillant à coups
de sabre), les poèmes de Robert Penn Warren, la série complète des aventures de Tarzan, et une édition du club
d'Erle Stanley Gardner. Mais le livre le plus trituré, le plus abîmé, c'est mon vieux compagnon le dictionnaire,
un formidable exemplaire relié toile du Merriam Webster's, souligné, annoté, cassé au dos et auréolé de taches de
café. Quand je ne parviens pas à dormir - ce qui est fréquent - je me passe des disques en le feuilletant pour
chercher des mots dont j'ignore l'existence. Pneumatologie. Scutiforme. Strabisme.
La lecture était ma liberté et mon réconfort, ma consolation, mon stimulant
favori : lire pour le pur plaisir de lire, pour ce beau calme qui vous entoure
quand vous entendez dans votre tête résonner les mots d'un auteur.
S'évader dans un film, ce n'est pas comme s'évader dans un livre. Un livre vous oblige à
échanger avec lui, à faire travailler votre intelligence et votre imagination, alors qu'on peut
regarder un film - et même y prendre plaisir - dans un état de passivité
décérébrée.
Certains films sont aussi bons que des livres, aussi bons que les meilleurs livres (oui Katya, je te l'accorde),
et celui-ci est du nombre, sans le moindre doute, c'est une oeuvre aussi subtile et émouvante qu'un
récit de Tolstoï. (Il parle de "Voyage à Tokyo")
Mes parents ne jetaient jamais un livre. Ils avaient tout gardé : les livres de leur enfance, les livres que leur
avaient légués leurs parents, les livres qu'ils avaient acquis au temps où ils fréquentaient l'université et
tous ceux qu'il avaient achetés depuis.
La bibliophilie était une forme d'art au Danemark. La nation tout entière avait une
véritable passion pour le texte écrit, particularité que Malone, bibliophile depuis
toujours, admirait. Mais alors qu'autrefois les livres étaient pour lui un simple passe-temps lui
permettant d'oublier les pressions de sa dangereuse carrière, ils étaient
aujourd'hui devenus sa vie.
Il faut être inventeur pour bien lire.
(Ralph Waldo Emerson)
Au Moyen-Age, les gens ne lisaient pas pour les mêmes raisons que nous. Nous, nous lisons par plaisir,
pour nous évader du monde qui nous entoure, à l'époque, lire constituait une activité
sérieuse. Au temps de Gervase, la littérature était destinée à rendre gloire
à Dieu, à instruire, à élever l'âme. Les livres permettaient d'accéder
à la Vérité.
Je ne savais pas que toucher un livre pouvait donner tant de joie.
J'en suis réduite à écrire des notes interminables dans les marges de
livres qui ne sont même pas à moi mais à la bibliothèque. Un jour
ou l'autre ils s'apercevront que c'est moi qui ai fait le coup et me retireront ma carte.
J'adore les dédicaces sur les pages de garde et les notes dans les marges, j'aime ce
sentiment de camaraderie qu'on éprouve à tourner les pages que quelqu'un d'autre
a déjà tournées, à lire les passages sur lesquels quelqu'un,
disparu depuis longtemps, attire mon attention.
Mais pourquoi donc des gens qui n'auraient jamais l'idée de voler quelque chose d'autre
trouvent-ils tout naturel de voler des livres?
Quand on lit les romans historiques de Harvey Allen et de Walter Edmonds,
la fiction de Erskine Caldwell et toute l'oeuvre de Sherwood Anderson, l'écrivain
préféré de son père, le monde s'agrandit avant de rétrécir de nouveau lorsqu'il faut
franchir la porte de l'école...
Jusqu'au jour où je craignis que cela me fut enlevé, je ne m'étais jamais rendu compte que
j'aimais lire. Pense-t-on que l'on aime respirer?
C'est une tâche ardue de transmuer la sensation en langage, écrit ou parlé et de la transmettre
sans l'affadir au lecteur ou à l'auditeur.
Face à un texte, le lecteur peut transformer les mots en message qui résout pour
lui une question sans rapport historique avec le texte ni avec son auteur. Cette transmigration
du sens peut enrichir ou appauvrir le texte; invariablement, la situation du lecteur
déteint sur le texte. Par ignorance, par conviction, par intelligence, par ruse et
tricherie, par illumination, le lecteur récrit le texte avec les mots de l'original mais
sous un autre en-tête, il le recrée, en quelque sorte, du simple fait de lui
donner une existence.
Les moralistes médiévaux débattaient avec fureur des bienfaits de
l'éducation pour les filles. L'aristocrate Philippe de Novare trouvait peu convenable
que l'on enseigne aux filles la lecture et l'écriture (sauf si elles voulaient devenir
nonnes) car c'était leur offrir la possibilité, lorsqu'elles seraient grandes,
d'écrire ou de recevoir des missives amoureuses. Selon le chevalier de La Tour Landry,
les filles devaient apprendre à lire afin d'étudier la vraie foi et de se
protéger des périls qui menaçaient leurs âmes. Les filles
nées dans des familles riches étaient souvent envoyées à
l'école pour y apprendre à lire et à écrire, en
général afin de se préparer au couvent.
Tous sont des lecteurs, et leurs gestes, leur savoir-faire, le plaisir, la
responsabilité et le pouvoir que leur procure la lecture, sont
également les miens.
Un livre vit grâce à la recommandation passionnée qu'en fait un
lecteur à un autre. Rien ne peut étouffer cet instinct fondamental de l'homme. Je suis convaincu
que les hommes s'efforceront toujours de faire partager les expériences qui les touchent le plus
profondément. Ma faiblesse à moi, c'est de crier sur les toits chaque fois que je crois avoir
découvert quelque chose qui me paraisse d'une importance vitale. Quand je viens de finir un livre
admirable par exemple, je m'installe presque toujours à ma table pour écrire des lettres à
mes amis, parfois à l'auteur, voire à l'éditeur... Sans le lecteur enthousiaste, qui est
vraiment la contrepartie de l'auteur et très souvent son plus secret rival, un livre mourrait.
Elle commença le récit, sachant déjà qu'elle émergerait
plus tard de ce livre avec l'impression d'une plongée dans la vie d'autres
êtres, dans des intrigues qui remontaient jusqu'à vingt ans en arrière; son
corps serait rempli de phrases et d'instants, comme si elle s'éveillait, lourde de
rêves dont elle ne pouvait se souvenir.
Lisez-le lentement, ma chère enfant, Kipling se lit lentement. Guettez attentivement
les virgules et vous découvrirez les pauses naturelles. C'est un écrivain qui utilisait
une plume et de l'encre. Comme la plupart des écrivains qui vivent seuls, il devait
souvent lever le nez de la page, laisser son regard errer par la fenêtre tout en
écoutant les oiseaux. Certains ignorent le nom des oiseaux, ce n'était pas son cas.
Votre oeil est trop rapide, trop nord-américain. Pensez à la vitesse de sa plume.
Sinon, ce bon vieux premier paragraphe vous paraîtra horriblement ampoulé.
Mes valises ne contenaient qu'une infime quantité de livres qui m'étaient chers, puisque j'avais toujours eu pour
habitude - dans mon for intérieur je la trouvais extatique - d'entrer, comme en quelque caveau mystérieux, dans toutes
les bibliothèques publiques. J'étais attirée par les livres qu'on avait déjà
lus, par les romans que des filles comme
moi (sauf que leur mère ne serait pas morte) avaient bercés et chéris. Par l'esprit - par isolement, je crois - je
m'emparais de toutes les lectrices qui m'avaient précédée, et de toutes celles qui liraient
après moi, pour m'en faire des compagnes fantômes et des amies secrètes.
J'ai appris à écrire, et bougrement
bien. Des oiseaux et des trucs dans ce goût-là; pas seulement de
l'écriture des mots.
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