La peste (Gallimard/folio, 1972, 278 pages)
L'histoire se passe en Algérie, dans une ville située sur le littoral. Des rats,
des tonnes de rats apparaissent soudainement un peu partout dans la ville. Après les
rats c'est la fièvre qui tue les gens, à chaque semaine le nombre de décès
augmente de façon alarmante. C'est la peste, la ville est isolée du reste du monde...
Il faut lire ce livre comme étant une allégorie au nazisme et là c'est
absolument fascinant. Camus décrit très minitieusement les agissements des
personnages face à ce fléau qu'est la peste, ainsi que la réaction de la
société en général. A mesure que le fléau évolue on
voit aussi le comportement des gens changer. Et le tout est décrit avec une grande
objectivité, Camus ne juge pas, il observe. Il observe un monde qu'il a créé
et ça c'est génial, il n'y a personne d'autres qui
aurait pu écrire ce livre. C'est une oeuvre d'une grande envergure. On est loin des
auteurs d'aujourd'hui qui n'ont rien d'autres à décrire que leurs propres bébittes.
En voici un extrait choisi parmi tant d'autres :
"Le narrateur est plutôt tenté de croire qu'en donnant trop d'importance aux belles
actions, on rend finalement un hommage indirect et puissant au mal. Car on laisse supposer alors
que ces belles actions n'ont pas tant de prix que parce qu'elles sont rares et que la méchanceté
et l'indifférence sont des moteurs bien plus fréquents dans les actions des hommes.
C'est là une idée que le narrateur ne partage pas. Le mal qui est dans le monde vient
presque toujours de l'ignorance, et la bonne volonté peut faire autant de dégâts
que la méchanceté, si elle n'est pas éclairée. Les hommes sont plutôt
bons que mauvais, et en vérité ce n'est pas la question. Mais ils ignorent plus
ou moins, et c'est ce qu'on appelle vertu ou vice, le vice le plus désespérant
étant celui de l'ignorance qui croit tout savoir et qui s'autorise alors à tuer."
Faut le lire au moins une fois et bien attentivement pour ne rien manquer, si la première fois
vous n'avez pas bien saisi, comme moi, alors relisez-le une deuxième fois!
Note : 5/5
(Mousseline)
********** Avoir en tête la métaphore du nazisme rajoute tout un niveau de lecture à cette oeuvre. Le récit des problèmes de logistiques pour disposer des cadavres, lorsque les fosses ne suffisent plus et qu'il faut incinérer, avec une infrastructure organisée et efficace, donne quelques frissons.
"Et réellement, les feux de joie de la peste brûlaient avec une allégresse toujours plus grande dans le four crématoire."
La gestion moderne et organisée de la crise me dérangea aussi un peu. Évidemment, on ne peut laisser les choses tomber dans le chaos, mais la satisfaction et presque du plaisir ressortent de ceux qui n'étaient pas (encore) touchés.
"L'organisation était donc très bonne et le préfet s'en montra satisfait. Il dit même à Rieux que cela valait mieux en fin de compte que les charettes des morts conduites par des nègres, telles que l'on les retrouvait dans les chroniques des anciennes pestes.
- Oui, dit Rieux, c'est le même enterrement, mais nous nous faisons des fiches. Le progrès est incontestable."
"Quand ils furent tous installés, deux petites voitures électriques, comme on en voit dans les gares, passèrent entre les tentes, transportant de grosses marmites et en sortaient pour atterrir dans deux gamelles. La voiture se remettait en marche. On recommançait à la tente suivante.
- C'est scientifique, dit Tarrou à l'administrateur.
- Oui, dit celui-ci avec satisfaction, en leur serrant la main, c'est scientifique."
Je ne donnerais toutefois pas une note parfaite, car j'ai un petit reproche à faire à ce livre : l'écriture est un peu morne. Il s'agit d'un problème que je ressens à chaque lecture de Camus : je n'arrive pas à trouver son écriture, la forme, très intéressante. On peut y voir un moyen de ramener la forme avec le fond, d'écrire avec un "style existentialiste" un peu ennuyeux où les mots nous font sentir le poids d'une existence absurde.
Mais ce qui fait la force particulière de ce livre, c'est qu'il ne traite pas que de nazisme, mais de tout mouvement obscurantiste, du mal en général, lorsqu'il provient des hommes. Je vous laisse sur la conclusion, ô comment puissante, de ce livre :
"Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu'on peut lire dans les livres, que la bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu'il peut rester pendant des dizaines d'années endormi dans les meubles et le linge, qu'il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l'enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse."
Note : 4.5/5
(le réaliste-romantique)
********** On suit dans ce roman le docteur Rieux, à Oran au moment d'une épidémie de peste bubonique qui décime la population de la ville, qui doit donc être totalement fermée à toute entrée ou sortie d'habitants.
Mon avis : Un classique! Ce livre m'avait redonné l'envie de lire quand on m'y avait forcé au lycée. Je l'ai relu aujourd'hui, et je l'ai toujours aussi bien apprécié. L'écriture d'Albert Camus est raffinée, sensible. On ressent toute l'humanité des personnages, et les différentes réactions de chacun face à l'enfermement et à la mort.
Note : 4/5
(Livrovore)
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