Le cahier noir
(Actes Sud/Leméac, 2004, 264 pages)
Avec cette oeuvre, Michel Tremblay présente un autre personnage du Plateau
Mont-Royal, le quartier de son enfance. On est en 1966 alors que Céline Poulin
s'apprête à vivre des événements qui la transformeront.
C'est l'aînée d'une famille de trois enfants. À cause de l'alcoolisme maternel,
elle est en quelque sorte la mère de ses soeurs. À vingt ans, elle réussit à
obtenir un emploi de serveuse au Sélect, un restaurant de la rue Sainte-Catherine, qui
accueille, le jour, une clientèle d'étudiants et, le soir, la
faune des travestis et des "guidounes" de la Main. À cause de son nanisme,
elle est reconnaissante envers son patron pour la confiance qu'il lui a
témoignée. Démolie par sa mère, elle trouve enfin l'occasion en or
de se valoriser. Appréciée des clients, elle se voit même offrir la chance
de toucher au théâtre en donnant la réplique à une étudiante,
qui se prépare à une audition en fonction d'un rôle dans Les Troyennes
d'Euripide. Elle accepte la proposition bien qu'elle doive jouer une Andromaque naine
à côté d'une femme démesurée dans le rôle de la reine
Hécube. Et, contre toute vraisemblance, la "waitrice" du Sélect est choisie afin
de faire partie de la distribution au grand dam de sa mère. Cette offre compose la
thèse présentée avec efficacité dans le premier volet du diptyque.
En antithèse, Céline élabore un plan machiavélique pour se venger
de sa mère, qui ne s'est jamais gênée de lui rebattre les oreilles avec son
handicap. Honteuse d'être la génitrice d'une naine, elle se déculpabilise
en tenant sa fille responsable de son malaise et de l'échec de sa vie. Afin de cacher la
déficience génétique de son aînée, elle la manipule afin
qu'elle vive en recluse. Devant sa mère, l'héroïne se sent comme les
Troyennes condamnées à l'esclavage aux lendemains de la victoire grecque. Mais
par le biais de son rôle au théâtre, elle est bien résolue à
échapper au joug maternel. C'est toute cette dynamique qui anime le second volet. Ce
n'est pas sans rappeler L'Accompagnatrice de Nina Berberova, qui présente aussi
un personnage obligé de vivre dans l'ombre d'une cantatrice manipulatrice en tant que
pianiste.
Le roman prend la forme d'un journal. L'héroïne se confie à son cahier noir
afin de se soulager, sans pour autant réussir à se débarrasser des relations
destructrices qu'elle entretient avec sa mère. L'auteur n'innove pas en
présentant le salut par l'écriture. Par contre, il manifeste beaucoup de brio en
construisant son oeuvre en parallèle avec Les Troyennes d'Euripide pour
illustrer un problème qui reste d'actualité depuis l'antiquité. Quelle est la
place faite aux femmes, surtout à celles dont le destin est défavorable? Que ce
soit à cause de la guerre ou du nanisme, la dynamique du malheur reste la même.
Elle brise la vie: la guerre vient chercher ceux qu'on aime, le nanisme réduit à
la marginalité. Le plus grand don de Michel Tremblay, c'est de se glisser dans
l'âme d'autrui pour en révéler toute la grandeur et toute la petitesse,
toute la vulnérabilité et toute la force. Il confère ainsi une dignité
et un caractère universel à tous les personnages qu'il tire des milieux glauques
ou populaires.
Le Cahier noir évoque sur un ton allègre les difficultés de la
différence à l'instar du Pont de la louve de Jean-François
Beauchemin, qui souligne la marginalité enfantine provoquée par la disgrâce
des oreilles décollées et des lunettes épaisses.
note: 4/5
(Polo)
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Des nouvelles chroniques du Plateau Mont-Royal, en somme! L'héroïne
en est ici Céline Poulin, serveuse dans une brasserie au coeur du
quartier latin de Montréal, en 1966. Nous débutons le livre
avec ses notes dans un cahier noir, dans lequel elle entreprend de
raconter ses humiliations. Et sa vie en est pleine.
D'ailleurs, je recommande de ne pas lire les critiques existantes de ce
livre, y compris la néanmoins très jolie de Polo, avant de
lire soi-même le roman, parce que l'auteur nous réserve une surprise
page 66, et qu'il a pris patiemment la peine de l'amener
élégamment, tournant autour durant cette soixantaine de pages,
et nous l'assénant avec un joli effet de manche en toute fin de
chapître. Ce serait vraiment dommage de la râter!
Céline, donc, va, pour des raisons diverses, être amenée
à cotoyer le monde du théâtre, et pas n'importe lequel,
puisqu'elle s'engage à donner la réplique à une cliente
pour une audition dans Les Troyennes d'Euridipe. Consciencieuse, elle va
d'abord lire la pièce dans son entier et nous livrer par la
même occasion ses habitudes de lectrice, dans lesquelles je me suis
reconnue: "C'est vrai que je lis les romans avant tout pour l'histoire qu'on me
raconte, pas tellement pour ce qui s'y cache, et que c'est un
défaut..." dit-elle. Je ne suis pas d'accord! Mais c'est un autre
débat.
De là vont découler des prises de conscience et des
évènements qui vont bouleverser sa vie, jusqu'au futur cahier
rouge annoncé en fin de roman, tournant une page définitive
sur cette première partie d'existence...
On oublie ici le joual pour ne trouver que quelques expressions
typiquement québécoises, et je suis toujours
épatée par la finesse de Michel Tremblay, par sa
capacité à entrer ainsi dans la peau d'une jeune fille
meurtrie et complexée. Toujours des relations familiales houleuses,
des travestis, des clins d'oeil à d'autres personnages de ces
romans.
Tout l'univers de Michel Tremblay, donc, pour notre plus grand bonheur...
note: 5/5
(Cuné)
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Les livres de Michel Tremblay sont de beaux voyages. Intérieurs...
La maitrise est telle que l'on a la sensation d'explorer l'âme des
personnages. Alors nous les accompagnons: nous souffrons, comme
Céline, face à sa mère-araignée.
Tremblay nous soulage d'un éclat de rire, de l'absurde collé
à la détresse, et nous rions. S'il n'avait été
écrivain je gage que la peinture lui aurait ouvert les bras!
Son roman est bigarré...
note: 5/5
(Barbara, 32 ans, Marseille)
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En 1966, Céline Poulin est serveuse dans un restaurant du quartier latin
à Montréal. Céline sera sollicitée par une cliente pour
lui donner la réplique pour une pièce de théâtre. Cet
événement lui donnera l'occasion de monter un plan pour se venger de
l'attitude qu'a sa mère envers elle. Céline raconte dans un cahier
noir ses états d'âme.
J'ai adoré ce livre! L'écriture de Michel Tremblay est vraiment
superbe empreinte d'une grande sensibilité. J'ai tout de suite
été interpellée par l'histoire de Céline, je me suis
souvent reconnue à travers ce personnage. L'auteur a tout un talent de
conteur, il sait nous émouvoir en racontant tout simplement le quotidien, la
vie. Ici, il parle des difficultés liées à la
différence, de l'acceptation et du dépassement de soi. Ça m'a
beaucoup touchée!
Je vous le recommande vivement! Je vais lire "Le cahier rouge" le plus
tôt possible!
note: 5/5
(Cocotte)
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Céline est waitress de nuit dans un restaurant, quartier
général de toute une faune nocturne avec laquelle elle se sent bien.
Pour rendre service à une cliente, elle accepte de lui donner la
réplique lors d'une audition pour un rôle dans une pièce de
théâtre. Elle se retrouve alors prise dans un engrenage qui lui permettra de
règler des comptes avec sa mère...
C'est ma première rencontre avec Michel Tremblay. Je n'ai pas pu décrocher de ce livre.
L'auteur a un don pour vous faire aimer ses personnages. On s'attache à eux.
On est un peu sur le principe du journal intime. Cela nous permet de rentrer dans
les pensées du personnage principal. Elle raconte à la fois ce qui
lui arrive et ce qu'elle en pense. C'est passionnant.
L'histoire est émaillée de réflexions très justes sur
le théâtre, la condition d'acteur, les relations entre les gens.
Je pense aussi à un passage qui m'a fait réfléchir sur la
manière dont les Québecois vivent leur relation à la langue
française et leurs rapports avec les Français à ce sujet...
J'ai adoré : les personnages nocturnes du roman,
dire un Kisser pour un rouge à lèvres.
L'art de déstabiliser le lecteur au détour d'une page et de le forcer
à reconsidérer le livre sous un autre angle.
J'ai souvent des discussions littéraires avec ma mère (c'est elle qui
m'a offert ce "Cahier noir"). Elle compare ce livre à "La petite fille de
Monsieur Linh" pour le stratagème de l'auteur.
Je suis allée voir vos critiques et d'après les indices que j'ai
prélevés elle aurait peut-être bien raison.
C'est mon troisième coup de coeur de 2005.
J'ai bien cru m'arrêter à deux cette année.
Merci Maman! (et Cocotte!)
note: 5/5
(Odilette)
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