Cette chose-là, suivi de L'homme souterrain
(L'Espace d'un instant, 2006)
Hristo Boytchev est bulgare, né en 1950. Ses pièces de théâtre
connaissent un succès grandissant un peu partout dans le monde. Grâce aux
éditions L'Espace d'un Instant, voici deux pièces réunies et
agréablement présentées: "Cette chose-là" et "L'Homme
souterrain".
Le premier texte, "Cette chose-là", raconte l'histoire d'un homme qui entend
des bruits la nuit, une chose invisible qui marcherait dans son grenier au point de
le terroriser et l'empêcher de vivre normalement. Ses amis et son
épouse n'entendent rien mais se prêtent volontiers au jeu de la
recherche, n'hésitant pas à plonger dans le monde de la folie pour
aider leur ami.
C'est un texte drôle, absurde, surréaliste, j'ai vraiment
adoré! Les dialogues sont vifs, pleins de répartie, le ton est juste
et très proche du lecteur. On peut sans doute lire ce texte à
plusieurs degrés, en s'interrogeant sur la folie, sur l'imaginaire, sur la
normalité. Un texte très agréable que je n'ai pas encore eu la
chance de voir au théâtre mais je ne manquerai pas d'assister à
sa représentation le jour où ça passe dans mon pays.
La seconde pièce "L'Homme souterrain" se lit plus volontiers au second
degré, même si le premier est amplement suffisant. Un homme sort une
nuit d'un trou creusé dans le sol d'une chambre et propose à
l'habitant de la maison la somme d'un million. Il explique venir de l'empire romain
et arroser la planète de milliards depuis des générations,
à l'aide de collègues et d'une structure hiérarchisée
résistant au temps. Proposer de l'argent en grande quantité à
des gens qui n'en ont jamais eu ne peut que provoquer fébrilité et
anarchie. C'est bientôt le chaos, dans un monde comme dans l'autre.
Un texte dynamique, emporté, au rythme trépidant qui aborde avec
humour et une bonne dose de gravité les nuisances de l'argent. A lire
à double sens. En se plaçant dans la tête du pauvre devenu
soudainement riche et frôlant la démence. En se glissant dans la tête
de celui qui donne et fait la morale en expliquant que l'argent ne fera jamais le
bonheur et qu'il n'est pas bon de le mettre dans les mains de tout le monde, sous
peine de voir le monde (et donc le système en place) complètement
chamboulé. Un texte plus politique que le premier, tout aussi
agréable.
Dans les deux cas, une écriture vive et fluide, énormément de
cynisme et d'ironie, beaucoup d'humour et des personnages très
présents. A lire à tout prix! (et à voir au théâtre si
l'occasion se présente)
Note : 5/5
(Sahkti)
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