Orchestre Titanic
(L'Espace d'un instant, 2006, 78 pages)
"Une gare ferroviaire abandonnée. Autour, des champs."
Une gare, quelques êtres rejetés par la vie errant après le
bonheur et un train qui, un jour, s'arrêterait pour les embarquer. Il y a
Doko qui a perdu son ourse, Meto sa musique, Louko ses chemins de fer et Lubka ses
illusions. Les trains passent mais ne s'arrêtent jamais, les ordures pleuvent
par les fenêtres et le temps s'écoule inexorablement. Jusqu'à
l'arrivée de Hari Houdini, illusionniste qui leur fait entrevoir le
goût d'un monde nouveau. Mais sont-ils prêts à vivre de tels
changements?
Texte court, grave et drôle à la fois, dans lequel Hristo Boytchev
livre une réflexion intéressante sur notre besoin d'un monde meilleur
et, surtout, notre capacité à nous y adapter. Les quatre personnages
principaux aspirent au changement, à une vie nouvelle plus confortable,
à une reconnaissance de la part de la société... de quoi voir
en filigrane les tourments qui ont pu traverser les pays de l'Est et l'enfermement
dans lequel vivait une bonne partie de la population, baignée d'espoir et de
misère. Arrive la révolution, en la personne de Houdini, qui, du
jour au lendemain, leur fait miroiter l'impossible et les surprend à rêver
que "pourquoi pas nous?!" Un bouleversement, tout arrive, tout est permis, chacun a
retrouvé le sourire, mais sont-ils tous vraiment prêts à
affronter un tel changement? La misère leur apporte, indirectement, une
certaine forme de sécurité. Ils savent ce qu'ils ont et n'ont pas. La
certitude du réalisme opposée à la fragilité de
l'utopisme. Comment réagir? Que vouloir vraiment?
Boytchev ne répond pas à toutes les questions, il raconte et laisse
au lecteur le soin, le plaisir et le devoir de répondre en son âme et
conscience.
Une pièce théâtrale pleine de vie et de dynamisme, fluide et
bien présentée dans cette édition "L'Espace d'un Instant",
maison qui a le talent pour présenter des auteurs novateurs qui
méritent vraiment d'être largement diffusés.
Note : 4,5/5
(Sahkti)
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