Le chemin des âmes
(Albin Michel, 2006, 391 pages)
Il était une fois deux amis Elijah et Xavier deux indiens du peuple Cree qui
étaient partis à la guerre là-bas en Europe dans les
tranchées. Quelques années plus tard, en 1919, en Ontario, Niska une
vieille indienne attend sur le quai d'une gare le retour d'Elijah l'ami de son
neveu Xavier mort là-bas mais c'est bel et bien Xavier qui descend de ce
train totalement méconnaissable et l'apparence d'un mourant. Durant les
trois jours qu'il faut pour les ramener chez eux, chacun des deux plongent dans
leurs souvenirs...
Dès le début, c'est une certitude, c'est du grand roman, le genre qui
ne vous lâchera plus jusqu'à la fin et après. De l'enfer des
tranchées aux forêts du Canada, le parcours de Xavier, Elijah et Niska
est décrit avec talent et la tragédie qui se prépare devient
de plus en plus palpable au fur et à mesure que les pages tournent. Mais loin de se
révéler déprimant le récit devient une
célébration de la vie et contient beaucoup d'espoir pour l'avenir. Ce
sont effectivement les personnages qui portent ce roman et surtout l'impact que la
guerre aura sur eux : la lente et terrifiante transformation d'Elijah et la
décision que devra prendre son ami et frère, décision qui le
hantera jusqu'au bout, tout cela dans l'ambiance apocalyptique de la guerre. Au
départ, on peut se demander pourquoi l'auteur a mêlé également
les souvenirs des rites, coutumes et croyances indiennes de Niska,
considérée comme une femme aux pouvoirs mystiques, à ce drame
mais plus on avance et plus on comprend qu'il y a un lien entre les deux
récits et que les souvenirs de Niska ne sont pas anodins.
Un livre magnifique qui laisse présager que l'auteur est un futur grand.
Note : 5/5
(Chimère)
**********
En 1919, en Ontario, Niska, une indienne de la tribu Cree, pense venir chercher
à la gare, Elijah, le meilleur ami de son neveu, parti en France, aider les
troupes françaises lors de la 1ère guerre mondiale.
Ce n'est pas Elijah qui apparaît, mais le neveu qu'on lui avait annoncé
mort au combat. Xavier a tout l'apparence d'un fantôme, il a
été amputé d'une jambe et pensait également sa tante
morte. Ils partent donc tous les deux rejoindre leur réserve située
à 3 jours de canoé. C'est au cours de ce voyage que Xavier va revivre
ces 3 années de folie, et nous relater toutes les horreurs de cette guerre
et parcourir le Chemin des âmes. (Le chemin des âmes est un chemin qui dure 3
jours et que chaque indien parcourt avant de laisser son âme. De là
où est allé Xavier, on n'en revient jamais). En parallèle,
Niska raconte sa propre enfance au milieu de sa tribu, avec les rites initiatiques,
les coutumes de ce peuple Cree et l'enfance de Xavier.
J'avais déjà lu des romans traitant de la 1ère mondiale, mais
je ne savais pas que les Indiens avaient participé à cette guerre.
D'ailleurs, hasard, on vient de célébrer, en France, les 90 ans de la
victoire de Vimy (dans le nord de la France), en présence du gouvernement
canadien. Il y a un long passage sur cette bataille que seuls les Canadiens ont
réussi à prendre aux Allemands alors que les Français et les
Anglais s'y étaient "cassés les dents".
Joseph Boyden relate les faits d'une manière très documentaire, et
là encore, au niveau des combats, rien ne nous est épargné, et
les situations sont plus que réalistes, on a presque l'impression d'entendre
les obus tomber dans les tranchées. On vit avec les 2 personnages pendant 3
ans et l'on découvre alors la boucherie de cette guerre. Les hommes ne sont
plus des hommes mais des machines à tuer. Ils vivent dans la boue, avec les
poux, n'ont pas de nouvelles de leur famille, et on leur demande de se battre pour
un pays qu'ils ne connaissent absolument pas.
Les trois personnages, Niska, Xavier, et Elijah sont très attachants, pleins
de sagesse, et de qualités, mais aussi de défauts, et l'on ne peut
que se sentir mortifié de voir comment la guerre a rendu ces deux soldats.
En effet, alors qu'au début du récit, Xavier et Elijah sont les
meilleurs amis du monde, le fait d'être des chasseurs et donc, par la suite
de devenir des tireurs d'élite, va entraîner la gloire pour l'un deux,
mais ainsi une rivalité qui les mènera à des
évènements dramatiques. Elijah n'est à la guerre que pour tuer
et Xavier se pose des questions quant à leur avenir à tous les deux,
ensemble.
Les parties de chasse au Canada racontées par Xavier lors de son retour
à la réserve sont très belles et également très
réalistes.
Un roman bouleversant de réalité, très bien écrit, que
l'on ne peut que recommander.
Note : 5/5
(Clochette)
**********
Elijah et Xavier, deux jeunes Canadiens indiens décident de s'engager comme
volontaires dans cette grande guerre qui met l'Europe à feu et à
sang. Il partent pour les Flandres.
1919, c'est un homme brisé qui revient chez lui. Xavier est mutilé et
n'aspire qu'à la mort. Sa tante Niska l'attend pour le ramener chez lui.
Pendant les quelques jours de navigation en canoë, elle s'efforcera de le
réconcilier avec la vie, lui contant l'histoire de ses racines, ce qui le
fait appartenir à cette Terre pendant que lui, entre deux injections de
morphine, se remémore l'enfer qu'il vient de traverser.
Un vrai coup de coeur! La guerre, l'amitié, les racines familiales et
culturelles. Un récit à deux voix, d'un côté cette vie
traditionnelle dans la forêt, les rites ancestraux qui permettent de vivre
auprès de la nature, de l'autre cet enfer des tranchées, la folie des
hommes. J'ai adoré!
Note : 5/5
(Doriane)
**********
Des livres sur cette guerre, j'en ai lu plusieurs, et chaque fois le thème
était développé différement :
"Les âmes grises" de Besson, "Un long dimanche de fiançailles" de
Japrisot, "Dans la guerre" de Ferney, "Effroyables jardins" de Quint pour ne citer
que les plus récents.
C'est assez étonnant de lire cette guerre racontée par un Canadien.
En même temps rien ne change vraiment, l'horreur est toujours là, la
peur de mourir, la souffrance des hommes.
J'ai aimé ce roman. La structure complexe avec les changements de lieux, de
temps, et de narrateurs permet un intérêt sans cesse renouvelé.
L'histoire est belle, elle parle à la fois du choc des cultures (l'indienne
et les autres), de l'amitié entre ces deux garçons, et de la violence
terrible des hommes.
Note : 5/5
(Odilette)
**********
Xavier Bird et Elijah Whiskeyjack, Indiens Cree, se sont enrôlés dans
l'armée pendant la première guerre mondiale. A la fin de la guerre,
Niska, la tante de Xavier, attend Elijah, qui doit revenir seul de la guerre. Mais
ce n'est pas lui qu'elle retrouve, à sa grande surprise.
"Le chemin des âmes" retrace le chemin de Niska et Xavier, alors qu'ils
rentrent chez eux en canoë, un trajet de trois jours. Pendant ces trois jours,
Xavier se remémore la guerre, qu'il a passée tout le temps au
côté d'Elijah. Cette guerre qui l'a changé, mais
également Elijah, qui le hante. De temps en temps, le récit est
entrecoupé par celui de Niska, qui raconte son enfance, sa vie, seule, puis
après être partie à la recherche de Xavier lorsque celui-ci
était enfant.
Un très beau récit, très dur aussi.
Note : 5/5
(Van)
**********
Xavier et Elijah, deux Indiens Cree du Canada décident de partir à la
guerre en Europe. Quelques années plus tard, Xavier revient
méconnaissable et mutilé par les horreurs de la guerre. Il sera
accueilli par sa tante Niska. Au cours du trajet les menant vers la tribu, Xavier
et Niska vont raconter leur histoire.
Je ne ferai pas exception à la règle, j'ai beaucoup aimé ce
livre qui raconte les horreurs de la guerre sans être trop dur ni trop
moralisateur. L'auteur décrit la guerre de façon très
réaliste, on s'y croirait presque. C'est fascinant et surtout
désolant d'être témoin de l'impact de la guerre sur l'attitude
des soldats. Elijah en particulier qui devient de plus en plus obsédé
par l'envie de tuer, ce qui crééra bien des conflits avec son presque
frère Xavier. Ce qui me touche beaucoup c'est de savoir que même lorsque les
horreurs se terminent, les cicatrices restent encore...
Un récit bouleversant!
Note : 5/5
(Cocotte)
**********
4 000 Amérindiens se sont engagés volontairement lors de la
Première Guerre Mondiale. Ils étaient souvent victimes de
racisme, plusieurs se sont distingués mais leurs exploits sont
demeurés inconnus ou presque. De nombreux autochtones devinrent tireurs
d'élite et éclaireurs. Joseph Boyden s'est inspiré de
l'histoire de l'un de ses soldats, Francis Pegahmagabow, qui a grandi dans la
même réserve que sa mère. Afin de lever le voile sur un pan de notre
histoire, qu'on ne connaît pas.
La narration alterne entre des bouts de la vie de la tante, des bouts de l'enfance
de Xavier et Elijah, Xavier et Elijah à la guerre et puis la tante et
Xavier dans le canot qui les ramène à la maison. C'est une
façon de faire qui me plaît énormément quand l'auteur sait comment s'y
prendre pour entretenir le suspense et c'est le cas avec Joseph Boyden. Il y va par de courts
chapitres dans lesquels on retrouve chaque fois une nouvelle aventure
et racontée de manière à nous empêcher d'arrêter de lire
avant d'être arrivé au bout du chapitre en question. Je me demande
encore ce que j'aimais le plus tellement j'aimais tout finalement.
Générallement les récits de guerre m'ennuient, trop
descriptifs je crois, mais pas ici. Probablement parce que ce n'est pas
qu'un roman sur la guerre... et aussi que ça se joue beaucoup avec Xavier, moins
les faits et gestes que ses pensées, émotions, peurs. Et peu à
peu, on voit comment la guerre change Elijah, et les inquiétudes que ça
cause à Xavier. Aussi Joseph Boyden dévoile une partie de notre Histoire,
ignorée par la plupart des Canadiens sans
doûte. Ces Amérindiens qui sont allés combattre en Europe, qui
ont participé à une guerre qui n'était pas la leur.
Même si j'ai déjà lu pas mal de romans qui parlent de la vie des Amérindiens, la vie
d'autrefois, j'ai été très captivée. Joseph Boyden sait si bien
raconter et avec une grande sensibilité. Il n'a pas besoin de beaucoup de mots pour
nous faire découvrir le sort des Crees du Nord. Comment peu à peu ils ont perdu
leurs traditions, et leurs souffrances, leurs peines mais aussi leurs joies de vivre en
harmonie avec la nature même si la nature n'est pas toujours généreuse.
C'est à la fois la même chose mais aussi différent que pour les autres
tribus. C'est toujours extrêmement passionnant de lire sur l'Histoire des
Amérindiens.
Plusieurs thèmes sont développés : la Première Guerre Mondiale et la participation
canadienne et surtout amérindienne avec la pluie, la boue et les poux, la
guerre des tranchées, la vie des Amérindiens et leurs traditions
ancestrales versus les réserves et l'ingérence de l'homme blanc, l'amitié entre
deux jeunes hommes, la guerre qui détruit tout et surtout l'équilibre
de l'homme.
Une histoire captivante qui nous tient captif, une plume évocatrice, et des détails
historiques passionnants... que voulez-vous de plus! Un chef-d'oeuvre comme
premier roman pour un jeune auteur - Vivement un deuxième roman mais la barre est haute
pour Joseph Boyden. Et surtout pour les Canadiens, un incontournable, pour vous
Le Jour du Souvenir ne sera plus jamais pareil...
Note : 5/5
(Mousseline)
**********
Dans le concert de louanges qui entoure ce roman je vais lancer une note
discordante : je n'ai pas aimé ce livre, bien que lui reconnaissant tout un
tas de qualités, dont la perfection de l'écriture, la puissance
d'évocation et l'utilité du thème (il n'est jamais vain de
démontrer à quelle point la guerre est horrible).
Dès les premières pages je me suis forcée à le lire,
pour toutes les raisons précitées, tout en sachant que ce roman qui
commence avec le massacre d'un animal et qui page après page fait pleuvoir
un déluge de feu, de sang, et toujours des massacres perpétrés
par et contre des hommes, ne m'apporterait aucun plaisir.
Encore une fois se pose la question de savoir ce que chacun attend de la
littérature. S'il s'agit de rendre compte, pour les raisons qui vont suivre,
ce livre n'était pas pour moi.
Je suis née dans les années cinquante, la deuxième guerre
mondiale était terminée depuis moins de 10 ans. Toute mon enfance a
été peuplée de récits de combats. Les films de guerre
hollywoodiens, nous montraient des héros intrépides partant au combat
la fleur au fusil et mourant d'une mort propre et romantique dans les bras de leurs
copains de régiments ou de belles infirmières. "Mort propre" mais ils
mourraient quand même. Mes terreurs enfantines ont été nourries
par la vision répétée de somptueuses explosions atomiques
(les essais nucléaires), qui risquaient fort de se produire au temps de la
guerre froide entre Russes et Américains. Puis il y eut la guerre
d'Algérie, et les récits qu'en faisaient des amis de mes parents dont
les fils avaient été appelés. Dans les années 60-70,
pendant la guerre du Vietnam, l'écran de la télévision nous a
infligé une surenchère d'images choc, où, là, la mort
n'avait plus rien de propre et de romanesque.
Il y a des films qui, pour dénoncer la violence, montrent une
débauche de violence insoutenable. Je ne les aime pas non plus.
En 1970 est sorti un film américain sur la première guerre mondiale
"Johnny got his gun" ou "Johnny s'en va en guerre" en français. Ce film,
qui montre peu d'images de combats, est le plus percutant, le plus efficace
plaidoyer jamais réalisé contre la guerre.
Dans le roman de Boyden les images sanglantes sont présentes à chaque
page. Elles heurtent profondément au début, puis au fil de la
narration on doit se blinder. Les récits de chasse (aussi cruels) s'y
mêlant renforcent une sensation d'assimilation : l'homme tue bêtes et gens
dans un même combat pour survivre. C'est un raccourci, teinté de
justification, inquiétant dont on peut se méfier encore aujourd'hui.
La question du racisme au sein de l'armée dont souffrait ces peuples
indiens est par contre autrement intéressante et de mon point de vue aurait
dû être plus développée.
"Paroles de Poilus" ce petit fascicule reprenant des lettres de soldats à
leur famille, où la guerre est à peine évoquée, sans
récit de massacre, juste avec une annotation disant que ce jeune homme dont
les lettres pleines de vie et d'espoir a été fauché au cours
des combats, m'a ému aux larmes. Dans le roman de Boyden il n'y a que
l'horreur. Comment le dire, je ne peux l'expliquer autrement qu'avec mes mots
j'ai l'impression que cela va à l'encontre du but recherché.
(Zeta-b)
|