La ville des ténèbres (10/18, 1999, 348 pages)
L'histoire débute avec deux jeunes qui se cachent du regard des voitures de police. La nuit est là, sombre, dure, elle les retient prisonniers. A cette peur et cette fuite viennent s'entremêler les souvenirs, les débuts d'un travail, d'une amitié, de relations. Une certaine sensation de liberté aussi pour Hano qui, grâce à Shay, puis à Katie, va découvrir la ville, le monde, les turpitudes, mais aussi la misère sociale et humaine.
C'est un roman noir, très sombre même, récit de la désillusion parfaite, celle qui fait mal et dont on ne se remet pas vraiment.
La langue de Bolger est violente, sans compromission, n'épargne pas les détails tout en se préservant de tout misérabilisme bon marché. C'est assez sinistre et le caractère enchanteur de Dublin disparaît pour faire place à une ville tentaculaire qui se nourrit des siens. Une ville noire, presque monstrueuse. Ville des ténèbres, oui, celle qui fait mal et dont on ne se détache qu'avec difficulté. Comme une drogue. Comme la drogue...
C'est un roman dur, à lire de préférence quand le moral n'est pas trop bas. Un texte empreint d'une telle force qu'il finit par vous engluer et vous laisser prendre au piège comme le narrateur.
Note : 3.5/5
(Sahkti)
********** L'envers du décor
Le premier roman de Dermot Bolger que j'ai lu, il y a environ une dizaine d'années. C'est un livre âpre, violent et sans concessions, l'époque où Bolger trempait sa plume dans le vitriol, et disait sa peur de voir l'âme irlandaise céder au matérialisme.
Cait et Hano fuient la police, et pleurent Shay, leur ami décédé. Quoi ou qui a poussé ces deux adolescents de la marginalité à l'illégalité? Les souvenirs remontent par petites touches à la surface. Shay l'ami d'Hanno, l'amour de Cait, son départ pour l'Europe. Hano est embauché chez les Plunkett; hommes tout puissants, mêlant business et politique, comme chauffeur puis gros bras? Le drame qui marque le retour de Shay pour qui le rêve européen a mal tourné les pousse sur la route et dans la fuite.
Cait (Katie) est orpheline, elle vit chez son oncle et sa tante, de bonne heure elle a commencé à fuguer pour s'éloigner de son oncle, puis elle est prise dans l'engrenage de la drogue et de l'alcool.
Hanno a vécu sans trop de problèmes dans une famille à cheval entre deux mondes. Il n'a pas fait d'études mais trouve du travail avec un salaire équivalent à celui de son père. Pendant cette période, il rencontre Shay, un peu marginal, plein de vie et d'humour et d'amour aussi. Celui-ci entraîne Hano dans une vie nocturne et débridée avec alcool et drogue. Mais surtout avec un mal de vivre et un avenir sans espoir ni bonheur. Hano assiste à l'agonie de son père, voit sa mère emprunter de l'argent au patron de celui-ci, qui deviendra le sien.
Comment vivre un exil dans son propre pays? Les parents de ces jeunes gens vivent dans des banlieues lointaines, ils ne sont plus ruraux, mais en aucun cas citadins. Les premiers temps, ils se redressaient fièrement quand leurs comtés gagnaient un match de football gaélique, maintenant ils sont le sous prolétariat d'une Irlande qui a grandi trop vite, leurs enfants n'ont aucun débouché et se marginalisent de plus en plus!
Un Dublin de cauchemar pourri par des politiciens véreux capables de faire boxer deux paumés à mains nues, pour cinquante livres au vainqueur, rien au vaincu, mais misant mille livres sur son protégé, le vaincu parfois est abandonné dans le hall d'un hôpital!
J'ai autant aimé la seconde lecture que la première, une Irlande loin des clichés habituels, des politiciens sans vergogne transformant leur île en une vaste usine à fric avec un mépris de la classe ouvrière atteignant des sommets, détruisant la nature, le tout, grâce à l'argent de l'Europe. Un livre très dur mais à lire.
Extraits :
"Depuis nous avions utilisé deux dialectes d'une langue perdue qui nous devenait de plus en plus incompréhensible."
"C'étaient de braves gens. J'aurais aimé être de leur monde, mais tel n'était pas le cas. Celui, dont mon père et eux venait, avait sombré peu à peu à mesure que s'alignaient les nouvelles rues, et je me trouvais coupé de ce passé aussi sûrement que si dix générations nous avaient séparés. Je savais qu'ils pleuraient en silence, en roulant dans la campagne irlandaise, laissant derrière eux leur frère qui allait mourir dans ce monde étranger."
"A cet instant, c'était un homme de la campagne; il savait qu'un lit d'hôpital signifiait la mort."
"Je haïs ce pays dit-il. Pourquoi suis-je donc rentré ici? Pour retrouver tout ce bordel."
Note : 4/5
(Eireann)
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