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Honoré Beaugrand
Jeanne la fileuse
(Fides, 1980, 312 pages)

La jeune Jeanne habite la rive sud du fleuve Saint-Laurent, avec son frère et son père. Ils ne sont pas riches, le père a été victime des représailles contre les sympathisants des Patriotes suite à la révolte de 1837, mais vivent humblement et vertueusement. Lors des récoltes, les enfants louent leurs bras à un important fermier de la rive nord. Le frère se lie d'amitié avec Pierre, le fils du propriétaire, et ce dernier devient rapidement épris de Jeanne. Pierre et le frère de Jeanne iront travailler un hiver au chantier, le mariage sera célébré au retour. Le plan est idyllique, mais la fatalité frappe un coup cruel : le père décède au cours de l'hiver et Jeanne n'a pas les moyens de subvenir à ses besoins. Elle cherche vainement du travail, mais la seule solution est de quitter le Canada pour les États-Unis. Elle se joint à une famille qui part pour Falls River, Massachussetts, s'embaucher dans les filatures de la Nouvelle-Angleterre. Jeanne obtiendra un poste de fileuse, mais elle doit supporter les rudes conditions de travail des usines : l'air empoussiéré, les semaines de 60 heures, les accidents, la tristesse de l'exil... De plus, elle craint de ne jamais revoir ni son frère ni son amant, car elle n'a pu les avertir de son départ.

Avec ce récit, l'auteur illustre l'exode de près de la moitié de la population canadienne-française (appellation des Québécois de l'époque) vers les manufactures de la Nouvelle-Angleterre entre 1860 et 1920. Le roman est divisé en deux : le départ et l'arrivée. L'auteur dépeint d'abord les difficultés économiques de l'époque, les cicatrices de la répression de la révolte des Patriotes, l'inéluctable suite d'événements qui conduisent au départ des familles. L'auteur défend ici les Franco-américains (ceux qui ont quitté), car ils étaient dépeint à l'époque comme des traîtres à la patrie, à leur langue et religion. L'auteur argumente que la plupart y sont obligés. De plus, il montre que les émigrés se créent des Petits Canada aux États-Unis, avec paroisses et écoles catholiques-françaises. Dans certaines villes comme Woonsocket, les francophones deviendront même majoritaires.

Ce livre est très intéressant pour connaître cette période de l'histoire qui a vu le Québec se vider de sa force vitale par manque de terres, de développement industriel, de vision des dirigeants et épuisement des terres cultivées. Toutefois, l'oeuvre tient du pamphlet : l'auteur y insère statistiques, tableaux et détails pour appuyer ses arguments, mais qui présentent peu d'intérêt pour l'intrigue. De plus, cette dernière est romantique et mielleuse. La curiosité historique est nécessaire pour apprécier cette lecture.

Note : 3/5
(Le-réaliste-romantique)







La chasse-galerie,
Six mois dans les Montagnes Rocheuses,
Jeanne la fileuse



Fondateur de la Patrie et de nombreux autres journaux, grand voyageur, homme d'affaires, défenseur de la liberté de conscience et d'opinion la plus large, ardent francophile, amateur de culture scientifique aussi bien que littéraire, maire de Montréal de 1885 à 1887, Honoré Beaugrand (1848-1906) est une des figures les plus attachantes — et pourtant les plus méconnues — de la fin du XIXe siècle québécois.




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