American Darling
(Actes Sud/Babel, 2000, 592 pages)
Hannah Musgrave nous raconte sa vie peu banale entre Etats-Unis et Libéria,
entre une enfance bourgeoise, une jeunesse de terroriste et une vie adulte en tant
qu'épouse d'un ministre africain, le tout sous des noms différents.
Dès le début, Banks nous livre des indices sur la suite de l'histoire
et le roman s'avère être un long retour en arrière où
les zones d'ombres s'éclaircissent peu à peu.
J'ai absolument adoré ce livre qui m'a fait oublier qu'il s'agissait d'une
fiction. J'ai oublié également que ce roman était écrit
par un homme, tant l'esprit d'Hannah est présent dès les
premières pages. Le ton et l'intrigue m'ont plu également. Le premier
traduit le caractère volontaire et combatif d'Hannah, tout en étant
intimiste : l'héroïne semble s'adresser à son lecteur comme s'il
était son seul et unique interlocuteur. L'intrigue est passionnante et d'une
grande richesse. Banks y aborde de nombreux thèmes et nous fait voyager dans
le temps et l'espace. Il s'attache particulièrement à la question
raciale et nous fait voir, à travers l'engagement d'Hannah, combien il est
difficile d'analyser nos comportements, mêmes positifs, envers les
non-blancs. Hannah y est d'abord confronté aux Etats-Unis, en tant que
militante pour la cause des Noirs, mais aussi de façon inversée quand
elle vit au Libéria et où son statut de blanche américaine
devient quasiment une carte d'identité. Banks nous fait également
réfléchir sur des questions de géo-politique en
retraçant l'histoire du Libéria, premièrement colonie noire
américaine et, finalement, toujours sous l'influence (à
l'époque de l'histoire) des Etats-Unis. A travers la guerre civile, l'auteur
nous fait vivre les difficultés du pays à prendre son
indépendance. Bref, c'est très intéressant et enrichissant.
Mêlée à ces problématiques, l'histoire d'Hannah nous
plonge dans les pensées intimes de cette femme qui semble incapable de
s'attacher aux individus, y compris ses propres enfants, mais qui aime comme une
mère ses chimpanzés et qui appelle le Libéria son pays, sa
maison et qui ne le quittera que contrainte et forcée, à la toute
dernière extrémité. La photo de couverture illustre très
bien cette histoire d'amour entre Hannah et l'Afrique.
Je note néanmoins un bémol : la fin qui semble complètement
opportuniste.
C'est donc un superbe roman que nous livre Russell Banks. Un livre qui restera car,
au-delà de son style irréprochable, il en appelle à la fois au
coeur et à la réflexion. Le lecteur est happé corps et
âme dans cette histoire et je sais que j'aurai beaucoup de mal à m'en
détacher. Je relirai ce livre un jour (arrivée à la
dernière ligne, j'ai relu les premières pages, prête à
tout reprendre depuis le début). C'est une histoire qui ferait un très
bon film...
Le premier paragraphe :
"Après bien des années où j'ai cru que je ne rêvais plus
jamais de rien, j'ai rêvé de l'Afrique. C'est arrivé une nuit
de la fin du mois d'août, ici, dans ma ferme de Keene Valley, pratiquement le
lieu le plus éloigné de l'Afrique où j'aie pu m'installer.
J'ai été incapable de me souvenir de ce que racontait ce rêve,
mais je sais qu'il se déroulait en Afrique, au Libéria, dans ma
maison de Monrovia. Les chimpanzés avaient dû y jouer un rôle,
parce que des visages ronds et bruns semblables à des masques flottaient
encore dans mon esprit quand je me suis réveillée bien à
l'abri dans mon lit, dans cette vieille maison au milieu des monts Adirondacks. Et
j'étais submergée par une évidence : j'allais bientôt y
retourner."
Note : 4.8/5
(Flo)
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Beau personnage, puissant et complexe, que celui de Hannah Musgrave. Une femme
dont le destin met en lumière les errances de la politique économique
"colonialiste". J'ai plus qu'apprécié le temps pris par Russel Banks
pour poser et décrire son héroïne, son pays, son parcours, le
monde qui l'entoure. De quoi se sentir proche, s'identifier, s'imprégner du
récit. Et prendre ensuite en pleine figure ce récit de l'histoire
tourmentée du Liberia et ses liens avec les Etats-Unis. Ce mélange
de réalité et de fiction qui ne sent pas toujours humainement
très bon. Il y a de la détermination chez Hannah, de la
colère et de la révolte, mais aussi pas mal de désillusions.
C'est le portrait d'une société en perdition que nous explorons et la
langue, belle et douce, de Russell Banks ne fait que rendre ce constat encore plus
amer. Comme si le fossé entre peuples était à tout jamais
infranchissable.
J'ai aimé le personnage d'Hannah, tout comme l'âme du Liberia.
Simplement, par moments, j'ai ressenti l'impression que Russell Banks était
trop tiraillé entre les deux, qu'il hésitait à choisir, parce
qu'il fallait le faire. Cela rend par moments Hannah trop présente, presque
caricaturale dans ses choix de vie, comme si ces pistes étaient
nécessaires pour nous faire prendre conscience, plus encore, du parcours
chaotique du Liberia, symbolisé par celui de cette femme qui se cherche et
se cherchera longtemps. Non pas que Hannah Musgrave manque d'authenticité
mais elle serait presque une rivale de trop grande taille face au désespoir
de la politique libérienne.
Entre les deux, le coeur de Banks balance bien trop et chaque partie le fait
souffrir au point de ne plus identifier clairement sa peine. Si cela apporte
quelques longueurs parfois superflues au roman, celui lui donne toutefois une
touche d'humanité qui se respire de page en page. Une écriture dense
et agréable, un auteur complètement immergé par son histoire,
au point qu'il n'existe plus de recul entre réalité et fiction...
Note : 4/5
(Sahkti)
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Une vie qui ne renonce jamais !
C'est peut-être le meilleur roman de Russell Banks que j'ai lu. Celui qui
m'aura le plus touchée au coeur.
C'est l'histoire d'une femme dans l'Amérique des années cinquante, de
la guerre froide. Une grande soeur. Une femme qui choisit son chemin de vie et qui
le choisissant en oblitère beaucoup d'autres qui lui auraient
été plus confortables. Elle entre en désobéissance, en
résistance et elle dérape au bord de la délinquance. Luttant
pour les droits civiques des noirs, contre la guerre du Vietnam, de luttes en
luttes, elle échappe à sa famille traditionnelle. A partir de
là, sa vie ne lui appartient plus tout à fait. Et pourtant, c'est la
sienne. Elle ne veut ni renoncer, ni demander pardon... Elle s'enferme librement dans
une destinée choisie.
Russell Banks incarne cette voix féminine, féministe, avec
cohérence, sincérité.
Cette femme qui persiste en résistance et signe un chemin de vie des plus
douloureux, va tracer sa route en Afrique...
On part du présent, une ferme
tranquille, des femmes à l'abri de la vie qui s'efforcent de se
débrouiller dans l'Amérique d'aujourd'hui. La femme libre ne trouve
toujours pas sa place. Il lui faut retourner dans les pas
de sa mémoire. A travers un retour au Libéria dans la
clandestinité, des bribes de mémoire refont surface et la vie se
raconte à rebours. Une vie qui ne renonce jamais à son idéal
malgré les compromissions, les amertumes, les regrets, les fautes...
Malgré le prix à payer, malgré l'évidence de l'erreur
parfois. La lucidité peut être aveuglante.
Pendant tout ce chemin de vie, cette femme raconte ses deux pays. Celui de sa
naissance, celui de ses utopies : l'Amérique et l'Afrique.
L'Amérique des grandes idées, de la démocratie, et ses
couloirs sombres qui cachent tous les compromis pour garder la puissance. Et le
Libéria, une contrée de l'Afrique toujours en tourmente.
La femme qui ne renonce jamais incarne ses rêves au Libéria.
Mais le Libéria est né d'un mensonge. D'une vérité
tronquée. Il se veut une réparation à l'esclavage. Il est une
imposture. Tout comme la vie de cette femme devient un mensonge. Une apparence de
bonheur. Des enfants, une passion, un mari, tout est dans l'apparence.
Derrière, il y a les yeux de ceux qu'elle appelle ses rêveurs qui ne
mentent jamais, les chimpanzés sur lesquels les laboratoires pharmaceutiques
font des expériences. Les rêveurs ont plus de lucidité que les
humains.
Les rêveurs sont les vrais enfants de cette femme. Ils ont le savoir et
l'innocence. Ces enfants réels, eux, seront des enfants soldats. Les
enfants nés des douleurs de l'Afrique. D'errances en errances, on suit cette
femme jusqu'à ce qu'elle accepte d'ouvrir les yeux en grand sur tout ce qui
l'a abusée. Jusqu'à ce qu'elle puisse faire la paix avec
elle-même. Sans avoir jamais renoncée. Et là, c'est un matin de
septembre, un autre monde est à l'ordre des jours.
Cela se lit avec le coeur. C'est remarquablement écrit et traduit.
Cela en dit plus sur la situation d'aujourd'hui que bien des essais.
C'est écrit avec l'âme au vif.
Emprunté en bibliothèque, ce livre, je vais l'acheter afin de pouvoir
le relire à volonté.
(Arwine)
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Comme les rats qui, avant moi en ont fait de très bons
résumés, je tiens à partager mon ENORME coup de coeur pour
"American Darling", non seulement le meilleur Banks que j'ai lu à ce jour,
mais très certainement dans mon futur top 5 - 2006...
Je ne vais pas m'attarder sur une critique qui ne serait jamais assez bonne; mais
au fil des pages, je n'aurais pas cru que l'auteur est un homme tant Hannah est
vraie. Et je me suis sentie, comme elle, plongée dans une Histoire qu'on
croit à tort pouvoir maîtriser, alors qu'il faut apprendre à
naviguer entre les écueils pour survivre. J'ai adoré jusqu'à
la construction du récit, comme Hannah le dit elle-même (en d'autres
termes), nous délivrer l'information en bloc serait trop violent pour nos
esprits délicats, aussi l'histoire nous parvient-elle par vagues, et j'ai
souvent eu "peur" de tourner la page pour y lire l'indicible.
J'ai aussi découvert des pages de l'Histoire américaine et africaine
que je ne connaissais pas (je comprends enfin qui est ce Charles Taylor dont on
parle tant en ce moment!), et ce roman m'a réellement donné envie de
me documenter, pour faire la part du réel et de la fiction...
Comme Arwine, je sais quel sera ma prochaine commande à la librairie!
Note : 5/5
(Louveloba)
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Que dire de plus!!! "American Darling" est un roman formidable.
Le meilleur que j'aie lu de Russell Banks.
J'admire cette capacité à changer comme cela de style et de genre.
On est ici dans une fiction, mais j'ai eu l'impression de lire un témoignage
réel. Un homme l'a écrit, mais j'ai toujours cru que c'était
une femme qui parlait. C'est pour moi le plus abouti de tous les livres que j'ai
lus de cet auteur.
J'ai appris beaucoup de choses sur l'Afrique.
Bref, je ne fais que répéter ce qu'ont dit les autres rats...
Note : 5/5 (coup de coeur)
(Odilette)
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Il ne m'a pas été facile de rentrer dans ce roman, j'avais du mal
à comprendre où voulait en venir l'auteur, mais par contre, une fois
qu'on y est et qu'on a compris, impossible de le lâcher! On ne peut que
suivre pas à pas Hannah Musgrave dans ses pérégrinations, et
sur sa recherche sur elle-même à travers son retour vers le
Libéria, et malgré la fin connue, le suspense reste entier.
Beaucoup de choses très intéressantes sur ce pays mal connu, le
Libéria, dénommé ainsi, car à l'origine un pays
peuplé des "esclaves libres" venus des Etats-Unis, mais également
des anecdotes sur l'histoire des Etats-Unis de 1960 à 1970, et les
difficiles relations entre un maître et son vassal (les Etats-Unis et le
Libéria) et qui vont s'embraser et donner une guerre civile sanglante.
Par contre, une héroïne qui me laisse perplexe, car très froide,
qui a l'air d'être plus attachée à ses singes qu'à ses
enfants. Je crois vraiment que c'est ce qui m'a le plus gênée dans ce
roman, c'est l'indifférence d'Hannah par rapport aux siens, que ce soit ses
parents (même si on comprend qu'elle fuit l'ordre établi) mais
également ses enfants qu'elle laisse dans un pays déchiré et
qui a besoin de 10 ans pour faire une auto-psychanalyse et retourner dans son pays
d'adoption.
Première rencontre avec Russell Banks, et je pense que je recommencerai.
J'ai acheté "De beaux lendemains".
J'ai trouvé malgré tout quelques longueurs dans certains passages.
Note : 4/5
(Clochette)
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