Ferragus
(Garnier Flammarion, 2003)
"Ferragus" est dans "La comédie humaine" une des "scènes de la vie parisienne", ville dont Balzac
décrit ici quelques contrastes : salons mondains, rues de bas-fonds et maisons suspectes.
Madame Jules aime son mari Jules Desmarets et c'est réciproque, leur amour semble heureux et immuable.
Auguste, un jeune officier amoureux d'elle, la surprend pendant une rencontre secrète avec un homme
lugubre. Il en tire de fausses conclusions : la chaste madame Jules serait-elle donc accessible pour lui?
Auguste jubile, il se met à espionner Madame Jules qui rend des visites à un certain Ferrragus,
ancien chef des dévorants (dévorant : compagnon ouvrier du Tour de France). Ferragus, ancien
forçat (il reste longtemps hors de scène, il est probablement lié avec le fameux Vidocq),
a ses propres façons de défendre le secret de madame Jules : espion pour espion, il use de
déguisements, d'accidents provoqués, de lettres falsifiées ou codées et même
d'empoisonnements. Mais déjà, Auguste a interpellé Madame Jules et elle est forcée
de mentir devant son mari. Un secret à cacher en engendre un autre, un secret trahi en trahit un autre. Le
doute est né, des discussions pénibles s'engagent, homme et femme souffrent chacun de son
côté. Et quand Ida, amoureuse de Ferragus s'en mêle, il est hors de doute qu' "(...)
à Ferragus aboutissaient tous les fils de cette intrigue". Et le mari se met à espionner
Ferragus jusque par un trou de mur chez lui. Quelle découverte saisissante... plus de secret, mais le mal
est fait.
Un vrai thriller au rythme du 19e siècle, avec ses descriptions détaillées des personnes et
du cadre parisien. Mais pour Balzac, la fin de l'histoire est rarement la fin : il y a toujours une suite
à donner; ici cela traite de funérailles et qu'il serait beau de "rétablir, pour les grands
personnages, le bûcher funéraire". Et au cimetière, les morts de l'histoire se rencontrent comme
les vivants. Les joueurs de boules près du cimetière sont comme une dernière scène
de la vie parisienne.
Note : 4/5
(Gallomaniac)
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