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Isaac Asimov

Moi, Asimov
(Gallimard/Folio SF, 2004, 609 pages)

On se présente plus Isaac Asimov, l'un des pères fondateurs de la SF, l'inventeur des robots et des 3 lois de la robotique mais aussi auteur de nouvelles policières et d'un nombre impressionnant d'ouvrages de vulgarisation scientifique. Isaac Asimov a écrit cette autobiographie deux ans avant sa mort et c'est sa femme Janet qui lui a donné un point final dans l'épilogue. Le bon docteur ne retrace pas sa vie chronologiquement (il l'a déjà fait par deux fois dans ces précédentes autobiographies). Il préfère une approche plus introspective, les événements importants de sa vie servant de prétexte à nous livrer ses réflexions et pensées plus intimes. A travers ce livre on apprend non seulement à connaître l'auteur mais aussi l'homme, sa personnalité et son caractère.

Parlons donc la personnalité de M. Asimov. Certains disent qu'il a un ego de la taille de l'Empire State Building et qu'il est vaniteux. Ce n'est pas tout à fait vrai. Il a une haute opinion de lui-même oui; il l'avoue même mais jamais il ne ment ou n'enjolive sa vie. Les faits sont là: il a un QI de 160, il s'est intéressé à tous les domaines de la science, à la bible, à la poésie, à l'humour. Il a des connaissances quasi encyclopédiques dans ces domaines et a écrit sur chacun d'eux (450 livres c'est quand même une belle bibliographie). Il fait rarement des erreurs (ce qui est prodigieusement énervant pour les autres). Mais il n'est pas vaniteux ou prétentieux. Il a envoyé paître Mensa, cette association élitiste des plus gros QI de la planète. Il adorait par dessus-tout partager son savoir d'où les nombreux ouvrages de vulgarisation qu'il a écrit. Il aimait profiter de la vie, faire bonne chère, rire, raconter des blagues et inventer des limericks. Et surtout Isaac Asimov a parfaitement conscience de ses défauts et de ses limites: il n'a pas obtenu son doctorat de chimie car il était absolument nul pour réaliser les expériences requises, il a raté son premier mariage, connu des échecs. Et il se livre à nous le plus sincèrement et le plus simplement du monde, sans minauder. Il nous raconte sa vie, sa carrière, ses amis écrivains de SF, ses idées en 166 petits chapitres.

Tout au long du livre j'ai eu l'impression qu'il était là avec moi, assis sur le canapé du salon et que nous étions en train de bavarder comme de vieux amis, et je me suis même surprise à lui répondre à voix haute. C'est son style, sa façon d'écrire, sans fioriture et avec beaucoup d'humour, qui m'a donné cette agréable illusion. C'est LA meilleure autobiographie que j'ai lu.

Un extrait pour comprendre l'écrivain prolifique:

"Il y a environ 2 mois, j'ai fait un rêve dont je garde un souvenir extrêmement clair. (Je ne me souviens pratiquement jamais de mes rêves). J'étais mort et je montais au Ciel. Je regardais autour de moi et je comprenais où je me trouvais: les prairies étaient verdoyantes, les nuages floconneux, l'air parfumé, et on entendait au loin les ravissants accents du choeur céleste. Là-dessus, l'ange tenant le grand Livre des bienfaits et méfaits m'apparaît et me gratifie d'un sourire accueillant.
- Je suis donc au Paradis", m'émerveillais-je.
- En effet.
- Mais il doit y avoir erreur. Je n'ai pas ma place ici. Je suis athée, ai-je repris (et quand je m'en suis souvenu à mon réveil, je me suis félicité pour mon intégrité).
- Non, il n'y a pas d'erreur, m'a informé l'ange.
- En tant qu'athée, comment puis-je prétendre au paradis?
- C'est nous qui décidons de cela, m'a sèchement répliqué l'ange. Pas vous.
- Je vois. J'ai réfléchi un instant en regardant autour de moi, puis je me suis retourné vers lui "Est-ce qu'il y a une machine à écrire quelque part?"
La signification de ce rêve m'a paru claire. Pour moi le paradis, c'est l'écriture; je suis littéralement aux anges depuis un demi siècle et ce fait ne m'a pas échappé."

Et un conseil : si vous aimez Isaac Asimov vous aimerez son autobiographie; sinon mieux vaut passer votre chemin.

Note : 5/5
(Lhisbei)
**********

Voilà je viens de tourner la dernière page, c'est un peu comme un deuil tellement j'ai l'impression de connaître cet homme. Quoique j'ai lu plusieurs autobiographies c'est la première fois que je lis un auteur qui se révèle autant... en tout sincérité, les bons comme les mauvais côtés.

Une autobiographie très riche car Asimov parle d'une quantité phénoménale de sujets, en fait 166 thèmes de quelques pages chacun. Tout se rapporte à lui, bien sûr c'est une autobiographie. Mais en même temps on découvre bien des choses qui ont un rapport avec la science-fiction : les Conventions, les prix Hugo et Nebula, les magazines, des auteurs tels que Robert Silverberg, Robert Henlein, Arthur Clarke, Theodore Sturgeon et bien d'autres. Il parle aussi des clubs masculins à New York (on aimerait bien assister aux lunchs avec Isaac et ses copains), ses amis qui pour la plupart sont dans le domaine de la science-fiction, sa famille, ses conférences, ses études, ses différents livres, la critique littéraire et bien plus.

Il est bavard Isaac Asimov, ce n'est pas toujours passionnant car il se répète souvent surtout quand il parle de ses traits de personnalité mais on ne lui en veut pas car franchement on ne s'ennuie jamais dans son autobiographie.

Il passe pour un prétentieux. Oui il est vrai qu'il est très satisfait de lui-même, on le serait à moins d'ailleurs. Et je préfère de loin ce trait de personnalité à la fausse modestie. Mais il ne se ménage pas non plus quand il parle de ses défauts.

Saviez-vous que Isaac Asimov est un grand fan de littérature policière? qu'il n'a pris l'avion que deux fois dans sa vie? qu'il déteste voyager? qu'il ne buvait pas, qu'il ne fumait pas? J'ai été stupéfiée par la variété de la production littéraire d'Asimov. Moi qui croyait qu'il n'avait écrit que de la littérature de science-fiction.

Bref un homme extrêmement étonnant. Un incontournable, bien sûr, pour les fans de Isaac Asimov, un incontournable en fait pour tous les amateurs de science-fiction et même pour les non-fans. Personnellement je m'intéresse de loin au genre, et j'ai profité largement de cette autobiographie pour agrandir ma culture du genre et ça m'a fait regretté de lire si peu de romans de science-fiction, pas que j'aime pas, mais plutôt que je préfère d'autres genres. Tiens je vais garder la science-fiction pour la retraite...

Un extrait : "Donc, j'étais le type même du "rat de bibliothèque". Ceux qui ne connaissent pas ce penchant doivent trouver bizarre qu'on ait sans cesse le nez plongé dans un bouquin, qu'on ne voit pas passer la vie avec toutes ses merveilles, qu'on gaspille ses années de jeunesse insouciante sans profiter de ses joies et de la dépense physique. Ils y discernent sans doute quelque chose de triste, voire de tragique, ils se demandent ce qui peut bien pousser un gamin à se comporter ainsi. Mais on ne voit les merveilles de la vie que quand on est heureux; l'insouciance ne va de pair qu'avec le bonheur; et les joies de la pensée, de l'imagination, sont bien supérieures à celles des muscles et de l'effort. Laissez-moi vous dire, si vous ne le savez pas par expérience, que certaines personnes (moi, par exemple) trouvent dans un bon livre, dans l'immersion dans les mots et les idées, un bonheur d'une intensité insoupçonnée. Quand je veux invoquer des souvenirs de paix, de sérénité, de plaisir, je repense à ces paresseux après-midi d'été, je me revois en équilibre sur ma chaise, un livre sur les genoux; j'entends encore le bruissement des pages tournées tout doucement. Peut-être ai-je connu, à d'autres époques de ma vie, de plus hauts sommets d'extase, de grands moments de soulagement ou de triomphe, mais sur le chapitre du bonheur tranquille, paisible, je n'ai jamais rien vécu de comparable."

Note : 4,5/5
(Mousseline)








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