Voyage à la Havane
(Actes Sud/Babel, 2002, 178 pages)
Ce livre rassemble trois nouvelles : "Tant pis pour Eva", "Mona" et "Voyage à la
Havane".
"Tant pis pour Eva" raconte la vie d'un couple à Cuba qui ne supporte pas
leur état d'individus que personne ne remarque dans la masse. Du coup, Eva
décide de tricoter et de porter (ainsi que son compagnon) des vêtements de
plus en plus farfelus (d'autant plus qu'il faut le vouloir pour porter des vêtements
en laine à Cuba...) pour sortir de la singularité et se
révolter contre la vie toute réglée et toute surveillée
de Cubains... Une bonne nouvelle, on retrouve tout le cynisme de Reinaldo Arenas qui
promène ses personnages dans des situations de plus en plus incongrues afin
de faire ressortir les rouages de la dictature cubaine et le mal être des
habitants de Cuba.
"Mona" : J'ai adoré cette nouvelle. Elle raconte l'histoire d'un cubain
exilé à New York et qui rencontre une femme qui va totalement le
captiver, et qui fascine d'ailleurs tous les hommes qu'elle rencontre. Mais...
parfois, alors que Ramon observe son amoureuse en train de dormir, il la surprend
pendant quelques secondes, sans tête, ou bien avec un bras qui lui manque...
bref, un jour il décide de la suivre pour en apprendre plus sur elle, et il
va faire une surprenante découverte. Cette nouvelle est vraiment très
bonne. Tout d'abord, Reinaldo Arenas apparaît en tant que protagoniste
(j'adore quand les auteur font de l'auto-dérision), ensuite c'est un
"manuscrit" retrouvé et commenté par plusieurs personnes, du coup,
elles se disputent en note de fin de page. J'ai beaucoup aimé
l'atmosphère métaphysique de cette nouvelle, bref : à lire
absolument!
"Voyage à la Havane" : Ismael vit à New York, une vie paisible et
bien rangée, mais voilà qu'il reçoit une lettre de sa femme,
qu'il a laissée avec un jeune fils à Cuba, voilà une quinzaine
d'années. Il décide donc de faire un retour et ultime séjour
à Cuba. Cette nouvelle dénote de ton avec les
précédentes. Elle semble bien plus autobiographique dans les
thèmes abordés, bien plus grave, bien plus tragique, bien plus
sérieuse. C'est un imaginaire retour à la Havane pour l'auteur,
où il imagine la vie là-bas, si longtemps après son
départ. Cette nouvelle parle d'homosexualité et de persécution,
elle parle aussi de l'identité et du déracinement. Il y a de
très beaux passages, de très belles descriptions de la neige, de la
Havane, de la mer, de "sensations" cubaines. C'est très beau à lire.
Par contre, pour une fois, je n'ai pas compris où Reinaldo Arenas voulait
vraiment en venir à la fin de la nouvelle, je l'ai suivi, mais pas
compris.
Bon, hé bien je suis pas prête d'abandonner les livres de Reinaldo
Arenas moi!
Note : 4,8/5
(Cryssilda)
|