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Gilles Archambault

Parlons de moi
(Boréal compact, 1997, 163 pages)

"Le récit complaisant, itératif, contradictoire et pathétique d'une auto-destruction."

Ce sous-titre résume très bien le livre, car c'est le monologue d'un père de famille que sa femme quitte pour un long voyage en Europe. Elle y sera probablement rejoint par son cher ami Tommy, un anglophone irlandais, vraisemblablement son amant. Toutefois, ce n'est pas une surprise pour le narrateur, car ce n'est que la suite logique de la débandade qu'est leur vie conjugale. À quarante ans, le mari réalise que sa vie est un gâchis, que tout ce qu'il a touché s'est dégradé ou a été abandonné. L'alcool embrume son esprit, mais ne change pas sa réalité : sa "carrière" de commis disquaire est un cul-de-sac, sa relation matrimoniale ne tient que par l'habitude (et aussi par besoin, car il dépend en parti du salaire de sa femme), il a comme maîtresse une bonne amie, mais cette relation ne mènera nulle part, la relation avec son fils se résume à quelques grognements échangés, il ne peut même pas maintenir la propreté de sa maison, il n'a plus d'espoir ou d'espérance en la vie... L'absence de sa femme et ses lettres, auxquelles il ne répond jamais, le bouleversent, il décide de partir en voyage sur un coup de tête. Abandonnant son emploi, avec son fils, ils entreprennent de rouler à travers le Québec, découvrant la beauté des paysages, reprenant goût à ce pays qui est le leur. Toutefois, ils ne peuvent rouler éternellement, après trois aller-retours Baie-Comeau-Sept-Iles, la route parvient à les ramener à Montréal, où il devra faire face à Madeleine... et à sa vie.

Il est difficile de suivre cet homme dans son humiliation et son auto-destruction, le récit est éprouvant. C'est encore, dans notre production culturelle, un autre exemple d'homme québécois molasse et sans colonne (quoique, en 1971, c'était peut-être plutôt précurseur de cette tendance). Toutefois, la remise dans le contexte historique donne un autre éclairage. Il y a la découverte du "pays québécois" des années soixante-dix, ainsi que le personnage anglophone qui "vole" la femme du Québécois, sans que celui-ci n'ose "se battre", la femme pouvant être le symbole de la souveraineté, des richesses naturelles, etc. Toutefois, fidèle à la réalité, on ne peut faire une lecture aussi simpliste de l'oeuvre, car le protagoniste n'ose jamais vraiment prendre parti pour le Québec, et la relation avec Tommy est très complexe, car, bien que "l'ennemi", le protagoniste est soulagé par la présence de l'Irlandais : il aide le couple et sauve littéralement la femme.

Ma première impression de lecture n'était pas très bonne, mais la réflexion, et surtout la rédaction de cette critique, m'ont fait découvrir des lectures supplémentaires. L'oeuvre est plus riche qu'elle peut le sembler après une première lecture.

Note : 4/5
(le réaliste-romantique)

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Parlons de moi

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