Club des rats de biblio-net


9467 critiques, 3612 livres, 1451 auteurs



Denys Arcand

Les invasions barbares
(Boréal, 2003, 224 pages)

Ce film vous prend à la gorge, et serre jusqu'aux larmes, ce n'est pas une critique de la politique extérieure des Etats-Unis, ce n'est pas une thèse d'intello poussiéreux sur les analogies entre l'empire américain et romain, c'est un film sur un homme qui se retourne à l'automne de sa vie, une génération qui assiste à ses tristes funérailles, une oeuvre qui commence indécise entre humour et drame, et qui s'achève dans un souffle d'émotion pure, ce n'est pas un mélo, c'est une géniale intuition des sentiments des hommes, aussi primaires et aussi simples qu'ils puissent paraître.

Note : 4/5
(RFA, Québec)
**********

Ce film est accompagné du scénario publié chez Boréal.

Je trouve les films d'Arcand décevants. On dirait la démonstration d'un théorème, et particulièrement dans Le Déclin de l'empire américain. Le plus fatigant dans ses films, c'est l'aspect intello. Il situe ses films dans un cadre universitaire pour nous présenter la pensée qui a alimenté les philosophes des deux dernières décennies. Il veut bien nous montrer que ses personnages ne sont pas des ticounes (fadas). Se servir de ce milieu pour donner de la crédibilité à une oeuvre me semble du «lèche-culisme» intellectuel. Il semble dire que l'on ne peut contester son discours puisqu'il se nourrit des grands penseurs comme Cioran, Marcuse et cie.

Son parti pris moral me fatigue aussi. Depuis Platon, on prédit le déclin de l'empire. Même ce savant philosophe se plaignait en son temps (400 ans av. J.C.) de la société. Je me souviens qu'il écrivait que les jeunes ne respectaient plus rien, même pas leurs parents. Arcand touche juste, mais son exaspération peut détourner le plus repentant des lecteurs. Il perçoit les siens comme portant des oeillères sur la réalité qu'ils vivent. Je veux bien le croire, mais il oublie les scintillements de la lucidité. Je me suis toujours méfié de ceux qui veulent éclairer notre lanterne. Ils l'allument souvent avec la bougie de leurs intolérances. Ce n'est pas l'impatience qui va pousser plus vite les terriens vers le meilleur des mondes. Avec lui, j'admets cependant que l'on se traîne les pieds en route.

Par contre, dans son dernier film, Arcand réussit à raconter une histoire. Dans Le Déclin de l'empire américain, il illustrait sèchement une pensée en se servant de l'humour pour faire passer la prédication. Il s'attaque ici à la mort et aux relations humaines qui ne sont guère plus vivantes. Il fait mentir le psychologue Guy Corneau en prouvant qu'un père manqué peut donner des enfants épanouis. Ce scénario s'humanise au moment de la mort du père. Mais les tenants de la vie à tout prix auront de quoi manifester. Cette histoire est touchante, un peu trop même. Sortez vos kleenex au cas où la lacrymale se dérèglerait.

Arcand en profite pour fesser à bras raccourcis sur la réalité québécoise: les soins de santé déficients, le syndicalisme, la religion, la drogue, le pouvoir de l'argent, tous ces barbares qui envahissent nos vies. Pour ce qui est du pouvoir de l'argent, l'illustration du sujet passe par le fils. C'est tartiné épais, mais c'est efficace. Il accourt auprès de son père pour lui apporter les consolations du néo-libéralisme. L'argent donne tout, même la paix de la conscience. C'est un discours ambigu et caricatural. On dénonce d'une part les dérives, mais d'autre part on apprécie celles qui font notre affaire.

L'oeuvre a une portée sociale évidente. Alain Finkielkraut a sûrement passé à Arcand son essai sur La Défaite de la pensée pour qu'il s'en inspire, mais le fil des coutures est plus visible que sur un jeans. C'est incroyable que l'on fasse si peu confiance aux humains. Et ceux qui se donnent le rôle de Dieu pour les juger me font peur.

Note : 4/5
(Polo)

p.s. Depuis la critique de Polo, Denys Arcand a gagné le prix du meilleur scénario au festival de Cannes.

Ajoutez votre critique

Pour avoir plus d'infos:

Europe: Amazon.fr
Québec/Canada/USA : Amazon.ca










Denys Arcand est réalisateur et scénariste. Il est né à Deschambault en 1941. Après des études en histoire à l'université de Montréal, Denys Arcand entre à l'O.N.F. (Office National du Film) pour lequel il tourne de nombreux courts métrages documentaires. Il a réalisé son premier long métrage, "On est au coton", en 1970.

Après un nouveau documentaire polémique, sur l'histoire récente du Québec (Québec: Duplessis et après...), il tourne successivement trois films de fiction avant de prendre quelque dix années sabatiques durant lesquelles il travaille surtout pour la télévision. Il revient au cinéma avec "Le crime d'Ovide Plouffe" (1984 ; avec Jean Carmet) et surtout "Le Déclin de l'empire américain" (1986), qui fera sa renomée internationale. Suivront entre autres "Jésus de Montréal" (1988), "De l'amour et des restes humains" (1993) et "Stardom" (2000). En 2003, son film "Les Invasions barbares" est en lice pour la Palme d'Or au Festival de Cannes.



En passant par le site du club des rats pour acheter chez Amazon vous aidez à payer l'hébergement du site. Merci!







Abonnez-vous à la newsletter.

Hébergé par YourMailinglistProvider.com





©2000-2008 - Club des rats de biblio-net