Les rochers de poudre d'or
(Gallimard, 2003, 161 pages)
Inde, 1892 : une poignée d'hommes et de femmes se laissent étourdir
par les promesses d'envoyés de la Couronne Britannique pour aller
travailler, sous contrat, à l'île Maurice, nouvelle possession de
l'Empire. Ils sont quatre : Badri, le joueur de cartes un peu simplet, Vythee,
décidé à rejoindre son frère déjà
là-bas, Chotty Lall, un paysan qui paie la dette de son père, et
Ganga, fille de roi. La traversée en mer sera racontée par le journal
de bord du docteur Grant, britannique alcoolique et vouant une haine pour les
Indiens. Alors que chacun rêve d'une nouvelle vie, d'un nouveau départ,
vers cette île mystérieuse que les légendes prétendent
couverte de poussières d'or, ces exilés volontaires vont vite
apprendre la réalité du "contrat". Chargés de couper la canne
à sucre, ils vont s'épuiser à cette tâche, à la
botte des exploitants français, toujours propriétaires, malgré
la perte de la colonie. Les espoirs des uns et des autres vont très vite
s'effriter et s'ouvrir à la cruelle réalité de leur sort.
Ce tout premier roman de Nathacha Appanah est simplement à l'image des
suivants : prodigieux! Chacun de ses trois livres raconte une histoire
différente, mais qui ne laisse jamais indifférente. Ici, "Les rochers
de poudre d'or" s'attache au passé de l'île natale de l'auteur.
Lorsque des hommes et femmes d'Inde ont remplacé les esclaves noirs. C'est
poignant, honnêtement. Chaque personnage avec sa petite histoire, son
parcours et ses utopies (souvent brisées) apporte une émotion
particulière au récit, un côté dramatique (jamais
mélo, non plus). Et l'écriture de Nathacha Appanah est ronde,
savoureuse et met à l'honneur ces aspérités
caractéristiques à l'Inde et à Maurice. A la fois âpre et
poétique, ce roman est un enchantement. A lire d'une traite, bien sûr.
Note : 4/5
(Clarabel)
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Il est trop génial ce roman! En ce temps de commémoration de
l'abolition de l'esclavage, j'ai voulu m'intéresser à
l'après-abolition. Comment une économie entièrement
fondée sur l'asservissement a-t'elle pu survivre sans péricliter? Ce
livre se déroule à l'aube du XXème siècle, il propose
une intéressante approche de "l'engagisme", forme de recrutement
adoptée par les colons de la Caraïbe et de l'Océan Indien
censé remplacer le système esclavagiste. Il s'agissait d'embaucher
dans les comptoirs français en Asie, des coolies (travailleurs asiatiques,
surtout indiens) pour remplacer les esclaves, qui après l'abolition,
quittaient massivement les plantations pour gagner les mornes et vivre pour
eux-mêmes.
Il y a d'abord cette île rêvée, l'île Maurice,
lieu paradisiaque. Selon les rumeurs, on s'y enrichit facilement, le travail est
facile. Sous les rochers qu'il faut soulever, se trouvent des pièces d'or.
Il y a ensuite cette île réelle. On y crève. Le fouet, la
fatigue, les brimades, les privations de nourriture et le viol font partie du
quotidien. Ce livre nous permet de découvrir la condition coolie, les
navires transportant les coolies, lesquels n'ont rien à envier aux
négriers, l'espérance foulée aux pieds, les suicides, la
tristesse de ce "paradis bien pire que l'enfer" (comme dirait Césaire); on
découvre aussi les sarcasmes des anciens esclaves noirs devant cette
nouvelle espèce de "travailleurs des plantations" qui s'est laissé
berner.
Ce bouquin de Natacha Appanah s'avale en deux heures et demie. Sa lecture
demeure essentielle pour comprendre toute une partie inconnue de l'histoire
française. Une lecture que nous devrions conseiller à notre nouveau
président qui propose de promouvoir une conception naïve de l'histoire
de France au détriment d'une analyse lucide, sans manichéisme ni
candeur.
Note : 4/5
(Lionelcrusoe)
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