Phoenix, Arizona
(10/18, 2002, 244 pages)
Sherman Alexie est un Indien. Un Indien Spokane, il est l'ami de Jim Harrison,
normal, logique. "Phoenix Arizona" est un recueil de nouvelles mettant en
scène les Indiens Spokane dans leur réserve et leurs quelques
virées dans le monde des Blancs.
Sherman Alexie trempe sa plume dans les tripes de sa tribu : Le goût est
amer. L'amertume de la défaite et de l'humiliation. L'amertume d'un peuple
qui a perdu sa fierté, son honneur et qui ne se maintient en vie que
grâce aux béquilles des victoires passées. Pour le reste, pour
tenir le coup dans ce monde il leur reste la bière, le coca light et les
Pow-Wow.
Les mots sont durs, tranchants comme le couperet de la sentence des Blancs. Les
portraits sont tendres et sans concession. Ce ne sont pas les portraits des grands
guerriers, non ces guerriers là mènent une guerre perdue d'avance,
celle contre l'oubli.
Vous aimez Jim Harrison? C'est "pire", là où Harrison nous montre le
malheur des Indiens, Sherman Alexie nous montre les plaies encore ouvertes, les
trous béants d'où coulent le sang et les larmes.
Les héros de "Phoenix Arizona" sont morts, depuis le jour où l'homme
blanc a posé le pied sur les plages de ce continent.
En nous racontant la vie de Victor et de ses frères, Sherman Alexie nous
montre combien la programmation de l'extinction totale des Indiens se poursuit de
manière ignoble. Sans complaisance, sans pathos mais sans langue de bois ni
fausse pudeur il nous fait voir l'agonie d'un peuple.
Un livre magnifique, un auteur magnifique, un être humain. Il y en a, il en
reste, encore, malgré ce monde.
(Slainte)
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