La rue et autres nouvelles
(Nuée bleue, 2000, 183 pages)
Gens de Belfast
Gerry Adams est un homme politique connu, ce recueil, victime d'une censure
déguisée de la Haute Cour de Dublin est paru, grâce à une
maison d'édition basque, qu'il en soit remercié.
Ce livre n'est pas une oeuvre à proprement parlé politique, mais il ne
peut pas non plus être apolitique vu le parcours de l'auteur.
Nouvelles tristes, pleines de vie, d'humour ou d'espoir. Le petit monde catholique
de Belfast vu par un des leurs. A noter une photo marquante page 30, une femme aux
cheveux gris, sécateur en main taille la haie de son jardin, au pied de
cette clôture, un soldat britannique, qui pourrait être son petit-fils,
est assis fusil au poing, pas spécialement rassuré.
Petites médisances entre amies pour "Voici ce qu'elle me dit",
problèmes administratifs dans "Lundi matin" où un homme se voit
priver de ses droits car son fils de 16 mois en a maintenant subitement 16 ans.
"La rue" raconte l'espèce de jeux qui oppose un clochard au vigile d'une
banque, qui ne veut pas que son directeur le voit là.
Textes très courts, rarement plus de 10 pages, les problèmes de
l'Irlande du Nord ne sont jamais bien loin comme dans "Guerre civile" qui
décrit le combat larvé entre un frère et une soeur, vieux
célibataires vivant ensemble qui se déchirent au sujet des Troubles,
ou "La rebelle" et "Grand-mère Harbison". La prison sert de toile de fond
dans "Des souris et des hommes", "La révolte" et "Shaune" très beau
texte sur l'amour entre un homme (Gerry Adams lui-même?) et son chien. La famille,
le chômage, le jeu, la religion, l'alcool et l'IRA évidemment, ces
choses qui font le Belfast au quotidien, sont également
évoqués avec beaucoup de pudeur. "Les montagnes de Mourne" est un
chant d'espoir : deux hommes, un militant des droits civiques et un Orangiste vont
vivre une semaine dans le même camion; livrant de la bière et de
l'alcool, à Belfast ou dans les campagnes, dans les quartiers protestants ou
dans les villages catholiques. Une livraison un soir de Noël, un peu trop de
whiskey et une amitié naîtra, car comme le dit la dernière
ligne du texte : "- Ce n'était pas un mauvais type pour un Orangiste."
Une écriture classique, un peu de la vieille école, mais une lecture
facile et des nouvelles de bonne qualité, toutes intéressantes. A
découvrir.
Note : 4/5
(Eireann)
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